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Tandis que le
monde
entier attendait avec impatience la finale de la Coupe
du Monde
de
Football, coupe qu’a majestueusement gagnée l’équipe nationale d’Italie, un
autre événement, de portée tout aussi mondiale, avait lieu en Italie et plus
précisément à Padoue, du 8 au 11 juillet 2006. Il s’agit de la première
Conférence Internationale transculturelle des éthiciens catholiques, sous le
thème de l’ « Ethique théologique catholique dans l’Eglise mondiale ».
La séance d’ouverture a eu lieu le vendredi le 8 juillet 2006, de 18h00 à
20h00, dans l’Aula Magna de l’Université de Padoue. La clôture, marquée par
un dîner de Gala, s’est faite dans l’enceinte de Seminario Magiore de
Padoue, le mardi 11 juillet, de 19h30 à 22h30. Cependant, deux jours
auparavant, soit le dimanche 9 juillet, de 18h00 à 19h30, les participants
avaient pu assister à une messe solennelle, présidée à leur intention par
S.E. Mgr Antonio Mattiazzo, Archevêque de Padoue, en la Basilique Sainte
Justine de Padoue, dépendant de l’Abbaye Bénédictine.
A l’ordre du jour : une seule
question !
En effet, une seule question
était à l’ordre du jour de cette rencontre internationale des moralistes
catholiques, à savoir : « Comment l’éthique théologique répond-t-elle
aux attentes du monde » ? Pour de plus amples informations sur le
colloque, les organisateurs ont créé, dès le début de l’année 2006, un site
Web libellé
www.catholicethics.com, sur
lequel tous les détails sur la rencontre étaient données. Bientôt, seront
versées sur le même site les synthèses des conférences ainsi que des prises
de vues digitalisées de l’ensemble du déroulement des assises.
Les participants : 367
professeurs et 50 doctorands
En vue de débattre de la
problématique éthique ciblée, étaient invités 400 professeurs d’éthique
théologique, sélectionnés et invités, en provenance de 60 pays du monde.
Cependant, ont effectivement répondu à l’appel, 367 professeurs et experts
d’éthique, auxquels se sont ajoutés 50 doctorands, pour non seulement
assurer l’appui logistique, mais aussi, en tant groupe faisant partie de la
génération future qui devra relayer ces débats. Le Comité d’organisation
de ce colloque, composé de 9 personnes représentant les 5 continents, était
présidé par le professeur James Keenan, s.j. (de Université de Boston,
U.S.A). Quant à l’Afrique, elle était représentée dans ce comité par le
Professeur Bénézet Bujo, prêtre congolais, tenant la chaire de Morale,
section germanophone, à l’Université de Fribourg en Suisse. Sur une dizaine
de moralistes, invités de la RDC, cinq ont pu effectivement s’y rendre, à
savoir les Professeurs Sébastien Muyengo (Recteur du Grand Sém. Jean XXIII
et prof.aux FCK, Kinshasa), Nyeme Jean Adalbert (Recteur de l’Université de
Kasayi), Ferdinand Banga (Secrétaire de l’ACEAC et prof.aux FCK), Père
Emmanuel sj.(Secrétaire académique à l’Institut Canisius), Sœur Bernadette
Mbuy (de Lubumbashi).
A propos de la ville de
Padoue, lieu du colloque !
Le colloque s’est tenu donc à
Padoue, ville située au Nord de l’Italie et ville non moins célèbre, du
point de vue tant religieux que scientifique. Le corps de l’Apôtre Saint Luc
y est inhumé, lui qui, semble-t-il, était mort en Turquie. Le célèbre homme
de science, Galilée, astronome et physicien, a enseigné dans l’Université de
Padoue pendant 18 ans. De plus, le développement de la médicine y a connu
ses premiers succès dont l’opération chirurgicale, devenue aujourd’hui très
courante.
27 Conférences en Plénière et
120 dans les panels intercontinentaux
Pour faire le tour d’horizon
des attentes des continents et pays auxquelles l’éthique théologique doit
répondre, 27 conférences ont été données en Assemblée plénière, et 120
conférences dans les panels intercontinentaux, consacrés à l’éthique
appliquées, et cela dans 8 locaux où se donnaient par heure, quasi
simultanément 24 conférences. Ainsi, un grand nombre des thèmes ont-ils été
abordés, à partir des problèmes éthiques concrets de divers continents. On
peut citer parmi ces problèmes: la VIH/SIDA, l’homosexualité, la pédophilie,
le terrorisme, la protection de l’environnement, les conflits et les
guerres, les problèmes relatifs aux mariage et famille, l’hydratation et la
nutrition des malades en situation comatique, l’éthique en matière de
politique, la globalisation, les media face à l’évolution de la famille et
des valeurs religieuses, l’herméneutique actuelle en morale, les enjeux
éthiques dans de l’enseignement magistériel contemporaine, les séquelles de
l’esclavagisme et du colonialisme, la peine de mort, l’endettement
international, les ambivalences de grandes organisations mondiales, etc.
Problèmes éthiques majeurs :
dans les 5 continents:
Les experts ont été amenés à
identifier, par continent, les problèmes éthiques majeurs, ceux qui
expliquent les autres problèmes de société. D’après les experts
africains, la plupart des problèmes de leur continent
s’enracinent dans le la triste expérience de l’esclavagisme et du
colonialisme, qui a mené par la suite aux dérives culturelles et
identitaires, aux dictatures destructrices voire aux guerres. Aujourd’hui,
plusieurs pays se débattent pour instaurer la démocratie, en espérant
qu’elle contribuera à la refondation des Etats, et à la reconstruction des
pays dévastés par les guerres et les spoliations de toutes sortes.
Cependant, on continue à se poser la question de savoir quel type de
démocratie faut-il instaurer en Afrique ? Par ailleurs, l’Afrique clame
volontiers la solidarité et le sens de la communauté comme valeurs
fondamentales. Mais, dans le concret ces valeurs ne mènent-elles pas à des
dérives qui en sont finalement la négation ? L’Afrique est soucieuse de la
vie, mais alors comment expliquer les atteintes à cette même vie, lors des
conflits armés et guerres, dont certains ayant débouché même sur un génocide
en Afrique centrale? L’Amérique du Nord a indiqué comme
problèmes éthiques majeurs : les abus sexuels ainsi que l’impuissance des
citoyens chrétiens américains face à certains abus de pouvoir d’un pays
superpuissant, avec comme corollaire la question cruciale de guerre
« juste » ou « injuste ». Quant à l’Amérique latine, elle
estime que l’éthique doit faire face, en cette partie du monde, à l’absence
de moralité en politique, aux formes inhumaines de pauvreté, à l’attraction
du fondamentalisme religieux, la domination des multinationaux, le besoin
d’une approche pluridisciplinaire par les éthiciens théologiens, les enjeux
d’une vie chrétienne qui désormais devient « une débrouillardise » en cette
contrée du monde, tellement qu’il faut faire appel à des solutions
créatives. L’Asie a relevé comme problèmes éthiques majeurs,
l’inégalité sociale dans un continent tiraillé entre l’extrême pauvreté et
une richesse criante, l’avortement sélectif sur base discrimination des
sexes, la situation minoritaire des chrétiens catholiques, la corruption de
toutes sortes (contrefaction, faux-monnayeur, etc.), discrimination suite au
système des castes, migration interne et externe, etc. L’Australie
a discerné entre autres comme problème la coexistence entre les religions
natives et la religion chrétienne. Enfin, l’Europe,
quant à elle a indiqué comme problèmes éthiques que les éthiciens
théologiens doivent affronter les défis éthiques des décisions prises dans
le Parlement européen, le traitement réservés aux immigrants, les enjeux du
pluralisme, etc.
L’intérêt du colloque pour la
RDC, à l’heure des élections !
Des débats qui se sont déroulés
pendant ce colloque international des éthiciens catholiques, on peut tirer
au moins 3 leçons, pour ce que concerne la RDC aux approches des élections.
En premier lieu, l’avenir des
Etats dépendent étroitement de la moralité de leurs dirigeants. Il existe
dont une éthique de bonne gouvernance politique. Les citoyens congolais
doivent élire, pour gouverner le Congo, des personnes qui ont un grand sens
moral, afin de faire sortir ce pays de la crise, des personnes capables de
faire triompher le plus grand intérêt de la nation, et non pas celles qui,
visiblement, sont enclins aux intérêts égoïstes, sous-tendus par l’attrait
de tribalisme, du régionalisme, du gain frauduleux, etc.
En second lieu, il faudra voter
des personnes, qui ont un projet de société claire, et qui constituent une
alternative réelle, pour une bonne gouvernance. Or, lorsqu’on considère le
nombre exorbitant des candidats, on se demande si tous ont vraiment la
capacité de diriger le pays, car le bon vouloir à lui seul ne suffit pas
pour conduire le destin politique d’un pays. Par ailleurs, combien des
projets de société valables présentent-ils à ceux qui doivent les légitimer
par les urnes ?
Enfin, aspirer à la démocratie,
suppose accepter le pluralisme d’opinions. On peut avoir des avis
différents, sans pour autant être des ennemis. Les acteurs des médias qui
favorisent ces débats doivent le faire avec impartialité et en respectant,
et en faisant respecter la dignité des uns et des autres. C’est une lourde
responsabilité que porte la presse.
Des conclusions et des
décisions :
1° La rencontre internationale
des moralistes : un acquis ; 2° Amorce du processus de création d’une
association africaine des éthiciens catholiques
Au terme de ce colloque, les
participants ont unanimement exprimé le désir de voir ce colloque
international se poursuivre, mais il doit nécessairement se préparer aux
niveaux régionaux et continentaux, afin que la rencontre mondiale demeure
un lieu d’un vrai dialogue éthique transculturel. Un comité de suivi sera
formé, pour d’une part assurer la publication des actes, et d’autre part,
faire l’évaluation de la rencontre et examiner les perspectives futures.
Si certains continents avaient
déjà créé des associations continentales des moralistes, les autres
continents en ont pris l’initiative lors de ce colloque. C’est le cas de
l’Afrique, qui, sur initiatives de certains éthiciens dont les Professeurs
Nathanaël SOEDE (de l’UCAO), John Mary Waliggo (de Human Rights Commission,
Uganda), Bénézet Bujo (de l’Université de Fribourg) et Adalbert Nyeme Tese
(de l’Université de Kasayi), a décidé d’amorcer le processus de la
création d’une Association africaine des éthiciens théologiens. Un
comité de 6 personnes a été formé, représentant les régions identifiées,
c’est-à-dire 4 régions en Afrique, et deux en Europe et en Amérique. Les
actes de lancement du processus, signés par tous les moralistes présents à
Padoue, seront bientôt diffusés dans la plupart des organes de communication
d’Afrique.
Cependant, ce que l’on peut
déjà savoir, c’est que le professeur Ferdinand BANGA de Kinshasa (RDC),
représente l’Afrique Centrale, soit les pays qui vont du Congo Brazzaville,
via la République Centre Africaine et le Tchad, jusqu’au Cameroun et le
Gabon. Il doit recueillir, avant la fin de cette année 2006, les coordonnés
(nom, institution d’attache, champs de publication, adresse complète, dont
principalement le E-mail) de tous les professeurs et experts d’éthiques de
cette contrée, et formaliser la liste avant la première rencontre de ce
comité, qui aura lieu en avril 2007, à Nairobi (Kenya). Un appel est donc
lancé à tous les moralistes de se faire connaître, en envoyant leurs
coordonnées à l’adresse E-mail :
ferdinandbanga@yahoo.fr.
En somme, la première rencontre
mondiale des éthiciens catholiques à Padoue, a été un plein succès, et a
suscité un grand espoir chez tous les participants. Désormais, elle rentre
dans les annales des forums mondiaux de grande importance et utilité, pour
résoudre tant soit peu des défis moraux d’une société planétaire, marquée
par la globalisation et le défi incontournable du pluralisme.
Kinshasa (RDC), le 14 juillet
2006
Abbé Ferdinand BANGA (Kinshasa, RDC).
Secrétaire de l’Association
des Conférences Episcopales de l’Afrique Centrale- A.C.E.A.C. et Professeur
Associé aux Facultés Catholiques de Kinshasa-, FCK |
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