1.
Réunis à
Kinshasa du 28 juin au 3 juillet 2004 pour la 38e Assemblée plénière,
Nous, Cardinal, Archevêques, Evêques et Administrateurs diocésains membres
de la CENCO, adressons le présent message aux
fidèles et aux hommes de bonne volonté, en vue d’interpeller
la nation et l’inviter à assumer ses responsabilités dans la
sauvegarde de la Transition qui doit amener le peuple congolais à un
Etat de droit.
Nous croyons, c’est pourquoi nous parlons (cf. 2 Co 4, 13)
2.
En effet, dans le
cadre de la mission prophétique qui est la nôtre,
fidèles à la tradition, nos prises de position se veulent une
interpellation constante pour défendre la dignité humaine et le bien
commun. Elles sont l’expression de notre sollicitude et de
notre amour pour la nation congolaise,
de notre foi et de notre espérance en un avenir plus heureux pour notre
pays.
L’engagement de l’Eglise dans ce domaine, loin d’être une soif du
pouvoir, est un témoignage de sa détermination à défendre et à protéger
les intérêts du peuple, surtout ceux des plus pauvres et des
marginaux, car le Seigneur nous a établis sentinelles de son peuple
(cf. Ez 3, 17). Aussi ce message se veut-il une contribution au
bien-être de notre peuple, un ministère de l’Eglise au
service de la nation congolaise ().
La
Transition menacée
3.
Dans le contexte actuel, nous croyons que la Transition est la
voie privilégiée pour conduire le Congo à la stabilité politique et
au développement intégral. Processus irréversible, cette
Transition, gagnée au prix d’énormes sacrifices et avec le concours
de la communauté internationale, ne doit être torpillée d’aucune
manière. Par conséquent, nous nous opposons vigoureusement à
toutes les manœuvres tendant à compromettre cette étape de notre
marche vers la démocratie.
4.
À cet égard, nous déplorons, une fois de plus, la conflictualité
entre les gouvernants, la logique des composantes plutôt que celle
d’union nationale, la lenteur dans la mise sur pied des institutions
de la Transition
et d’une armée républicaine réunifiée. Ces retards ne contribuent
aucunement à la décrispation de l’environnement politique, bien au
contraire, ils prêtent le flanc à des procès d’intention et
accroissent l’insécurité au sein du peuple. En outre, ils
multiplient les risques de faire échouer le processus entamé. Les conséquences
sur l’avenir du Congo seraient incalculables. Aussi prions-nous les
institutions appelées à élaborer les textes légaux de prendre leurs
responsabilités devant Dieu, devant la nation et devant l’histoire.
Sans ce cadre juridique, en effet, à quelques mois de la tenue
des élections que le peuple veut libres, transparentes et démocratiques,
grand est le danger de voir voler en éclats les espoirs suscités au
sein de notre peuple au lendemain de la clôture du Dialogue
intercongolais.
5. En moins d’un trimestre, la Transition a subi deux coups de
force qui ont accru l’inquiétude et les incertitudes au sein du
peuple. On assiste, avec stupeur, à la reprise des hostilités à
l’est du pays entraînant une fois de plus des tueries, des
assassinats, des viols, des pillages et des déplacements forcés des
populations. Au même moment, de manière inhumaine, nos compatriotes
sont refoulés d’un pays voisin. Tous ces faits malheureux en
rajoutent à la misère de notre peuple déjà meurtri et affligent
notre coeur de pasteurs.
6.
Au nom du peuple congolais qui a placé ses espoirs dans cette
Transition, nous tenons à affirmer à
l’opinion nationale et à la communauté internationale que nous
ne saurions aucunement tolérer que le processus entamé au prix de tant
de sacrifices soit saboté. Il y va de la dignité de notre
peuple et du destin du pays tout entier. Bien qu’imparfaite, cette étape
mérite d’être soutenue et notre Eglise souhaite qu’elle aboutisse.
Il faut à tout prix la sauver pour instaurer un nouvel ordre politique
issu des urnes. Telle est la volonté du peuple ; tel est le
sens même de la démocratie.
7. C’est pourquoi nous condamnons la violence d’où qu’elle
vienne surtout si elle vise à la prise du pouvoir par la force et nous
stigmatisons toute tentative de
lancer la RDC dans une troisième guerre. L’intégrité
territoriale et la souveraineté nationale ne sont pas négociables.
8.
Quand à nous, conscients que l’échec de la Transition
serait celui de tout le peuple congolais et de la communauté
internationale, nous affirmons avec force que nous ferons tout
ce qui est en notre
pouvoir et dans les limites de la mission de l’Eglise pour sauver ce
processus.
9. Aux ennemis de la paix, nous disons que l’heure du désordre
est révolue. La paix est bien plus agréable que la violence. Nous
invitons donc à la raison et à la conversion tous ceux qui se livrent
aux destructions faciles de la vie humaine et des biens des personnes.
Valeur du règne de Dieu et fruit de l’Esprit (Ga 5, 22), la paix est
un bien inestimable ; il est un don de Dieu qu’il nous faut
respecter et traiter de manière responsable. Cela vaut autant pour le
peuple congolais que pour ses voisins.
Peuple congolais, l’Eglise salue ton courage !
10. Les réactions provoquées dans le pays par l’occupation de
Bukavu ont dévoilé la capacité de notre peuple à faire face à
l’humiliation et au piétinement politique. Ces protestations
populaires sont la parfaite expression de la capacité de sa résistance
vis-à-vis des menaces contre son pays.
11. En effet, le soulèvement dans les grandes villes de la RDC
est un témoignage d’un éveil social du peuple congolais que l’Eglise
salue avec satisfaction. Hormis les dérapages, les attaques contre
certaines institutions internationales et les pillages qu’elle désapprouve,
l’Eglise salue le courage du peuple à s’opposer à la violation
de l’intégrité territoriale et à la balkanisation du pays. Ces
faits démontrent, par ailleurs, que
la patience du peuple a ses limites. Longtemps meurtri et victime de dérives
politiques, le peuple congolais a su exprimer sa détermination à
refuser la guerre. Désormais, il prend ses responsabilités à
contribuer à la construction d’une paix durable et prouve sa volonté
de prendre en mains son destin et de participer activement à l’édification
d’une société où règnent la
justice, la démocratie et le développement.
12.
Aussi saluons-nous avec gratitude tous les gestes de solidarité tant
nationale qu’internationale accomplis en faveur de la population touchée
par les derniers événements dans notre pays.
13. Ce regain de nationalisme ne doit pas être comme un feu de
paille, une affaire passagère, mais une dynamique à sauvegarder et à
canaliser de façon responsable. Il convient de maintenir ce dynamisme
pour inaugurer une nouvelle culture politique et une solidarité
dont le peuple est maître.
Forts
de cette prise de conscience populaire et de l’émergence d’une
opinion publique dans le pays, nous exhortons le peuple congolais à
consolider ce patriotisme responsable, en s’appropriant la gestion de
la Transition. Nous l’exhortons à ne pas céder à la violence et à
la haine, mais à faire preuve de sérénité, à s’opposer aux
pillages du peu d’infrastructures qui nous restent et à s’impliquer
dans la gestion de la Transition jusqu’à la tenue des élections.
14. Cette expression de l’opinion publique doit être considérée
comme la prise de conscience de chaque citoyen congolais devant ses
responsabilités dans le façonnement du destin de la nation. En effet,
nul ne peut prétendre sortir le Congo de la crise qui le mine sans la
conjugaison des efforts de tous pour conduire notre pays à la démocratie
et au développement.
L’heure des responsabilités a sonné
15. A cet égard, nous sommes heureux de constater que le peuple
s’efforce de rompre avec une culture de la résignation pour se
prendre en charge avec détermination. En affichant sa désapprobation
vis-à-vis de la reprise de la guerre à l’est, notre peuple a
brisé le tabou de la peur. Une telle attitude démontre qu’il croit
en sa capacité d’influer sur le processus politique et l’histoire
de notre pays.
16. Ce que nous lui demandons, c’est d’agir de façon réfléchie
et ordonnée : pacifiquement mais efficacement, sans compromettre
ses propres intérêts ni donner des prétextes à ses ennemis. De plus,
il lui faut un minimum d’organisation pour ne pas agir en ordre
dispersé, mais une stratégie susceptible de porter des fruits
durables. Voilà pourquoi il doit rester vigilant pour ne pas tomber
dans le piège de la manipulation et des discours démagogiques.
17. Confiants en la maturité de notre peuple et en sa volonté
d’influencer le cours de l’histoire, nous l’exhortons à redoubler
d’efforts pour sauver la nation.
Allons
aux élections !
18. Depuis quelques décennies, nous, pasteurs de l’Eglise-Famille
de Dieu qui est en RDC, ne cessons de revendiquer l’organisation des
élections libres et démocratiques. Il s’agit de mettre fin aux
querelles de légitimité qui causent tant de dégâts dans notre pays.
Nous estimons que le temps est maintenant propice. Pour le Congo, le
temps de la violence et des pillages est révolu. La vérité des
urnes s’impose. Quoi de plus sage que de laisser le peuple
congolais aller aux élections ! Cette Transition doit s’achever
en juin 2005. C’est un tournant décisif qu’on aurait tort de rater.
19. Voilà pourquoi nous exhortons les acteurs politiques et tous
les amis du peuple congolais à prendre chacun ses responsabilités.
1°
accélérer la mise en place des institutions de la Transition en
élaborant dans le délai les lois organiques autorisant le
fonctionnement des institutions d’appui à la démocratie, tout comme
la loi électorale, la loi sur la nationalité, etc. Dans la mise sur
pied et le fonctionnement de ces institutions, il nous semble urgent
d’accorder une place de choix à la Commission Electorale Indépendante
(CEI), cheville ouvrière du succès de la Transition. Cette Commission
doit être dotée de tous les moyens nécessaires à l’accomplissement
de sa délicate mission ;
2°
arrêter un programme minimum d’urgence pour satisfaire aux
besoins primaires du peuple, notamment la paie régulière d’un
salaire décent aux fonctionnaires ; de manière particulière, nous
invitons le gouvernement de la République à être juste envers les
parents des élèves en supprimant la prise en charge des enseignants
par eux et en leur payant un salaire décent, équitable et régulier,
car l’avenir de la nation dépend d’un système éducatif de qualité ;
3°
lutter contre la corruption et l’impunité en visant la
maximisation des recettes, même en territoires anciennement occupés ;
4°
sécuriser notre peuple en formant le plus rapidement possible
une vraie armée républicaine. La réunification de l’armée
constitue pour nous une priorité;
5°
privilégier l’intérêt supérieur de la nation par une
gestion cohérente des pannes de la Transition, en vue d’assurer la
cohésion de l’action gouvernementale et la réussite de
l’organisation des élections à l’issue de la Transition ;
6°
respecter les engagements pris dans les accords et se dépasser
pour aller au-delà des calculs d’intérêts partisans ;
7°
faire preuve de courage et de volonté politique dans
l’exercice des responsabilités au sein des institutions de l’Etat ;
8°
organiser une cérémonie solennelle pour célébrer la déclaration
officielle de la fin de la guerre et la réunification effective du
pays.
1°
se mobiliser pour la réussite de la Transition afin de
barrer la route à toute tentative d’arrêt du processus démocratique ;
2°
tout en acceptant l’hommage de l’Eglise pour son discernement
et son courage dans l’épreuve, se montrer digne de reconnaissance en
agissant de manière toujours plus responsable ;
3°
acquérir une culture politique nouvelle et se préparer
activement aux élections ;
4°
intérioriser les recommandations de la présente déclaration et
continuer sinon accroître le sens de la prise en charge de soi pour
assurer le succès de la Transition jusqu’à la tenue des élections.
1°
aider le Congo à réussir sa Transition vers un Etat de droit en
lui apportant le soutien politique d’une diplomatie efficace et le réconfort
moral de toute assistance dont il aurait besoin ;
2°
conformément aux promesses faites, grâce à des investissements
judicieux, aider le peuple congolais dans l’exploitation industrielle
des ressources naturelles du sol et du sous-sol national, en vue d’un
développement intégral et solidaire de son peuple.
3°
accompagner le peuple congolais dans sa quête de démocratie,
des libertés fondamentales, de sécurité et de développement, dans le
plein respect de ses valeurs culturelles propres.
1°
respecter et appuyer les initiatives politiques traduisant les
aspirations du peuple congolais en privilégiant la sécurité et
l’amitié des populations ainsi que les rapports de bon voisinage ;
2°
donner une chance à la démocratie pour le bien de la stabilité
régionale et continentale ;
3°
se préoccuper de la dignité du peuple africain dont la réputation
est malheureusement associée à la guerre et à son train de misères
de toutes sortes : la famine, les maladies endémiques, l’errance
des peuples et le sous-développement.
·
A nos fidèles, nous demandons de :
1° s’engager activement dans le programme d’éducation
civique ;
2°
créer un mécanisme d’alerte et de réponse rapide face aux dérapages
de la Transition politique ;
3°
participer activement à la préparation de la Conférence
internationale sur les Grands Lacs, en proposant les axes du pacte de
paix, de sécurité, de stabilité et de développement dans la sous-région ;
4°
suivre de manière critique
les émissions radiodiffusées et télévisées, lire les feuillets sur
la Transition publiés par la Commission épiscopale « Justice et
Paix » ;
5°
prier pour la paix et travailler
pour la réussite de la Transition politique.
CONCLUSION
20. Confiants dans les capacités de notre peuple à participer à l’édification d’une société
libre et démocratique à laquelle est censée conduire le processus en
cours, nous réitérons notre option fondamentale de lui assurer une éducation
civique et électorale.
Nous lançons au peuple ce cri du cœur des pasteurs : Rassemblons-nous
et mobilisons-nous pour la réussite de la Transition et des élections !
21. Que la Très Sainte Vierge Marie, Notre-Dame du Congo, intercède pour la paix dans notre
pays.
Fait à Kinshasa, le 03 juillet 2004
LES
MEMBRES DE LA CENCO PRESENTS A L’ASSEMBLEE PLENIERE
DU
28 JUIN AU 03 JUILLET 2004
01.
S.Em. le Cardinal ETSOU Frédéric, Archevêque de Kinshasa
02.
S.E. Mgr MONSENGWO Laurent,
Archevêque de Kisangani et Président
de la CENCO
03.
S.E. Mgr MUKENGE Godefroy, Archevêque de Kananga
04.
S.E. Mgr SONGASONGA Floribert, Archevêque de Lubumbashi
05.
S.E. Mgr KUMUONDALA Joseph, Archevêque de Mbandaka-Bikoro et
Administrateur Apostolique de Bukungu-Ikela
06.
S.E. Mgr MBOGHA Charles,
Archevêque de Bukavu
07.
S.E. Mgr NDAY Jérôme, Evêque de Kongolo
08.
S.E. Mgr BOLANGI Joseph, Evêque de Budjala
09.
S.E. Mgr NGABU Faustin, Evêque de Goma
10.
S.E. Mgr MATONDO Ignace,
Evêque de Molegbe
11.
S.E. Mgr KIMPINDE Dominique,
Evêque de Kalemie-Kirungu
12.
S.E. Mgr NKINGA Louis,
Evêque de Lisala
13.
S.E. Mgr MAEMBA Ferdinand,
Evêque de Lolo
14.
S.E. Mgr MUNUNU Edouard, Evêque de Kikwit
15.
S.E. Mgr KEMBO Gabriel,
Evêque de Matadi
16.
S.E. Mgr MULUMBA Gérard,
Evêque de Mweka
17.
S.E. Mgr NGOY Nestor Evêque de Kolwezi
18.
S.E. Mgr KALALA Jean-Anatole, Evêque de Kamina et
Administrateur Apostolique
de Manono
19.
S.E. Mgr NKIERE Philippe,
Evêque de Bondo
20.
S.E. Mgr TAFUNGA Jean-Pierre,
Evêque d’Uvira
21.
S.E. Mgr MOKOBE Joseph,
Evêque de Basankusu
22.
S.E. Mgr DOMBA Richard,
Evêque de Dungu-Doruma
23.
S.E. Mgr NSIELELE Fidèle,
Evêque de Kisantu
24.
S.E. Mgr MASENGO Valentin,
Evêque de Kabinda
25.
S.E. Mgr KABOY Théophile,
Evêque de Kasongo
26.
S.E. Mgr BANGA Joseph,
Evêque de Buta
27.
S.E. Mgr NZALA Louis,
Evêque de Popokabaka
28.
S.E. Mgr KATAKA Janvier,
Evêque de Wamba et
Administrateur Apostolique de Bunia
29.
S.E. Mgr MBUKA Cyprien,
Evêque de Boma
30.
S.E. Mgr DJOMO Nicolas,
Evêque de Tshumbe
31.
S.E. Mgr MUDISO Gaspard,
Evêque de Kenge
32.
S.E. Mgr LUKUMWENA Stanislas,
Evêque de Kole
33.
S.E. Mgr KASANDA Léonard,
Evêque de Luiza
34.
S.E. Mgr SIKULI Melchisédech,
Evêque de Butembo-Beni
35.
S.E. Mgr LEMBI Camille,
Evêque d’Isangi
36.
S.E. Mgr UTEMBI Marcel,
Evêque de Mahagi-Nioka
37.
S.E. Mgr ANDAVO Julien,
Evêque d’Isiro-Niangara
38.
S.E. Mgr KASANDA Bernard,
Evêque Auxiliaire de Mbuji-Mayi
39.
S.E. Mgr NLANDU Daniel,
Evêque Auxiliaire de Kinshasa
40.
S.E. Mgr KISONGA Edouard,
Evêque Auxiliaire de Kinshasa
41.
S.E. Mgr BULAMATARI Dominique, Evêque Auxiliaire de Kinshasa
42.
S.E. Mgr MADILA Marcel,
Evêque Auxiliaire de Kananga
43.
S.E.
Mgr
RUVEZI Gaston,
Evêque nommé de Sakania- Kipushi
44.
Mgr
NGOY MAFUTA, Administrateur diocésain de Kilwa-Kasenga
45.
Mgr BIMWENYI Oscar, Administrateur diocésain de Luebo
Ut wisis enim ad minim veniam, quis
nostrud exerci tution ullamcorper suscipit lobortis nisl ut aliquip ex ea
commodo consequat. Duis te feugifacilisi. |