Conférence Episcopale Nationale  du Congo

Deuxième Assemblée Spéciale pour l'Afrique du Synode des évêques

Intervention des participants de la
RD Congo

ROME, Jeudi 15 octobre 2009 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous les interventions écrites qui ont été remises à la secrétairerie générale du Synode mais qui n’ont pas été prononcées en salle (traductions non officielles, remises par la secrétairerie générale du synode).

Prof. Gustave LUNJIWIRE-NTAKO-NNANVUME, Secrétaire international du Mouvement d’Action Catholique Xavéri (M.A.C. Xavéri), Responsable chargé du laïcat dans la Région de Kivu, (République Démocratique du Congo) (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

Un bref aperçu objectif sur l’Afrique de ces temps nous révèle que 60% à 70% de la population africaine ont moins de 30 ans. Cette jeunesse vit dans des crises. Quoique Africains, les jeunes sont davantage tournés vers un style de vie, d’attitudes, de valeurs et de pensée inspirés du monde occidental.
Ils mènent généralement une vie sans idéal et sans espoir d’un lendemain sûr. Ceux qui ont la chance d’étudier le font sans espoir d’emploi à court ou à moyen terme.
Il s’en suit un chômage systématique et une dispersion de la jeunesse caractérisée par l’engagement dans les groupes armés, la fuite des cerveaux et les immigrations clandestines, la délinquance juvénile sous toutes ses formes, la toxicomanie, la prostitution, etc.
L’inadéquation entre les infrastructures d’éducation et l’évolution démographique a des effets néfastes sur la capacité de la jeunesse avec toutes les conséquences que cela implique à tous les niveaux.
Moralement vulnérables, c’est par eux que passent les nouvelles idéologies, les sectes, l’homosexualité, la toxicomanie, le trafic des êtres humains, le recrutement des mercenaires et des rebelles armés.
Futurs dirigeants des institutions gouvernementales et ecclésiales, les jeunes ne bénéficient pas d’une attention et d’un accompagnement proportionnels a leur importance démographique.
La durabilité de la réconciliation, de la justice et la paix en Afrique, pourrait avoir comme acteurs les jeunes et les Mouvements d’Action catholique à l’instar du Mouvement Xaveri.
Cette mission à leur confier requiert la formation permanente des cadres. En outre, il conviendrait de promouvoir l’inculturation, de favoriser et de soutenir les rencontres des jeunes et des membres des mouvements de divers pays et de diverses régions afin de leur offrir des occasions d’échanges d’expériences de paix de justice promoteurs de la cohabitation pacifique ; et agents d’Évangélisation témoins de leur foi dans le contexte africain actuel, aimant leur culture et s’y référant pour la transmission du Message et le développement.

 

Synthèse des interventions du 12 octobre (ap-midi)

 

Douzième congrégation générale

ROME, Mardi 13 octobre 2009 (ZENIT.org) - Les synthèses des discours des pères du synode sur l'Afrique, intervenus lors de la douzième Congrégation générale, lundi 12 octobre dans l'après-midi

Mgr Laurent MONSENGWO PASINYA, Archevêque de Kinshasa (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

La paix va de pair avec la justice, et la justice avec le droit, le droit avec la vérité.
Sans la justice, la paix sociale est mise à mal. Il faut donc à tout prix promouvoir des États de droit, où règne le primat de la loi, notamment la loi constitutionnelle; États de droit où l'arbitraire et la subjectivité ne créent pas la loi de la jungle; des États de droit où la souveraineté nationale est reconnue et respectée; des États de droit où est rendu équitablement à chacun ce qui lui est dû.
Sans la vérité, il est difficile d'assurer la justice et de dire le droit. La conséquence en est que droit et non droit auraient égal droit de cité; ce qui rendrait impossible un ordre harmonieux des choses ou "tranquillitas ordinis". "Dans la vérité, la paix" (Benoît XVI).
Voilà pourquoi dans la recherche des solutions de paix, toutes les démarches notamment diplomatiques et politiques viseront à rétablir la vérité, la justice et le droit.
Le Christ est notre paix, Il a fait la paix, Il a proclamé la paix, parce que des juifs et des païens Il a fait un seul peuple. Non pas en laissant les uns et les autres dans leurs privilèges et leurs droits, mais en abolissant l'exclusion, en abattant le mur de séparation cultuelle et sociale, en détruisant la haine qu'Il a crucifiée dans Son Corps sur la croix. Juifs et gentils ne sont plus des étrangers, des lointains, mais des proches, des concitoyens des saints, et les uns et les autres ont un même héritage (Ep 3, 6) appartenant jadis au seul Israël. Il fit ainsi un homme nouveau, pour les réconcilier tous les deux à Dieu et leur donner accès au Père par l'Esprit.
C'est en supprimant toutes les barrières, l'exclusion, les lois discriminatoires dans le culte et la société, et surtout en tuant la haine qu'on réconcilie les hommes et qu'on fait la paix.

 

Synthèse des interventions du 12 octobre (matin)

Onzième congrégation générale

- Mgr Jean-Pierre TAFUNGA, S.D.B., Archevêque Coadjuteur de Lubumbashi (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

Dans la plupart des cultures africaines, le mal est conçu comme une conséquence d'une transgression de ce qui est prescrit, qu'il s'agisse des préceptes divins - qui appellent inconditionnellement obéissance et soumission - ou d'une loi sociale dictée par les autorités qui gouvernent ou encore des interdits ou prescriptions rituelles. Tout acte qui diminue ou détruit la vie et tout acte ou attitude et comportement qui brise l'unité, l'ordre ou l'harmonie des choses est considéré comme étant un mal.
Suivant le genre de fautes commises, la personne concernée est appelée à avouer en toute franchise le mal commis. Cet aveu généralement se fait devant le chef, garant de l'ordre social ou devant un guérisseur. Dans certains cas, l'aveu se fait devant la communauté. L'incriminé est appelé à manifester sa ferme résolution de réparer nécessairement le tort causé.
Est concerné dans la réparation l'individu qui a commis le forfait ou à défaut, sa famille. La réparation se fait en payant les frais prescrits, les dommages et intérêts. Suivant les cultures, les frais équivalent à une somme d'argent prescrite par la tradition selon la gravité de la faute. Les dommages intérêts consistent à offrir un animal vivant ou un produit de la chasse.
Les personnes lésées peuvent alors accorder le pardon à ceux qui les ont offensées. La réparation clôt le processus aussitôt que la personne est pardonnée et la réparation effectuée.
Le point culminant de la réparation est le rite de réconciliation. Par peur de châtiment (mort subite, brutale, inopinée, etc) qui proviendrait directement de Dieu ou d'un féticheur, le transgresseur devrait accomplir le rite de réconciliation pour parfaire sa démarche et obtenir le pardon. Ce rite se déroulait en un endroit sacré, devant la communauté et l'officiant (mystagogue) qui présidait la cérémonie.
Les formules d'aveu, les attitudes du pénitent, les sévices corporels, les matières et objets utilisés et leur symbolisme ainsi que les gestes et formules que prononce l'officiant pour purifier le pénitent diffèrent suivant les tribus.
L'aveu est toujours suivi des conseils et des admonitions sévères pour aider à la conversion définitive. Il s'accompagne des rites parmi lesquels l'on doit signaler notamment : la cérémonie ritualisée de la bénédiction et du grand pardon ; le repas festif et communautaire, symbole de joie d'avoir recouvert la bonne situation d'avant la faute et d'avoir réconcilié les membres d'une communauté ; le paiement des honoraires à l'officiant; le rite d'apaisement des fétiches vengeurs ou des esprits lorsqu'on est maudit par l'offensé.


- Mgr Louis NZALA KIANZA, Évêque de Popokabaka (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

Nous pensons qu'il est impérieux que la solidarité ainsi envisagée ne se limite pas à l'échange d'expériences pastorales, mais prenne en compte nécessairement la question vitale du partage du personnel et des biens.
En effet, les graves problèmes de la pauvreté, de la misère, de la tragédie de la faim, du manque d'accès aux soins médicaux et à d'autres besoins primordiaux que connaissent la plupart des pays africains, exigent de nos Églises aujourd'hui un nouvel esprit de solidarité, de communion et de charité inventive. Les Églises d'Afrique doivent être plus audacieuses, inventives et pro-actives pour développer les structures susceptibles d'inscrire dans leur praxis ecclésiale cette solidarité organique.
Sans négliger la dimension importante de solidarité au niveau de l'Église universelle, il est temps de développer davantage les rapports de solidarité au sein d'un même diocèse, entre différents diocèses, au sein d'une même conférence épiscopale et entre les différentes conférences épiscopales en Afrique.
Nous pensons qu'à l'heure où nous parlons de justice et de paix, il est urgent d'actualiser la constitution des fonds de solidarité au niveau diocésain, national, régional et continental. Un tel fonds de solidarité pourrait nous aider au niveau africain d'intervenir dans la mesure de nos moyens sans attendre tout de l'Occident. Les Caritas diocésaines, nationales, régionales et continentales peuvent être les instruments appropriés pour la constitution de ce fonds.
Nous estimons que l'enjeu de la mise en oeuvre effective de cette solidarité pastorale dans les Églises d'Afrique est une exigence à la fois éthique et théologique. Elle a un fondement christologique et s'enracine au coeur de la foi. Elle n'est donc pas un simple parti pris social ou politique.

 

- Mgr Théophile KABOY RUBONEKA, Évêque Coadjuteur de Goma (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

Les conflits et les guerres ont conduit, particulièrement en RD Congo, à la victimisation et à la "chosification" de la femme. Sur des milliers de femmes ont été perpétrées, par tous les groupes armés, des violences sexuelles massives, comme arme de guerre, en violation flagrante des dispositions juridiques internationales.
Partant de notre expérience en cours en RD Congo, pour soulager tant soit peu les conséquences et les traumatismes subis par les femmes et les enfants, nous proposons:
1. Lutter contre les violences sexuelles en remontant à leur dernière cause, à savoir la crise de la gouvernance qui se manifeste par les guerres, les pillages et l'exploitation anarchique des 1ressources naturelles, la circulation des armes, l'entretien des milices, l'absence d'une armée forte et républicaine, etc.
2. La création des maisons de la femme et de la jeune fille comme centres d'écoute et d'accompagnement des femmes violées et traumatisées.
3. L'implication directe des femmes dans les Commissions "Justice et Paix": pour que les femmes promeuvent la paix et luttent contre des idées avilissantes sur elles, véhiculées par la nouvelle éthique mondiale et par certaines traditions culturelles.
4. La formation par la Catéchèse et l'alphabétisation conscientisante des femmes pour permettre à la femme de jouer adéquatement son rôle. Elle s'articule autour de trois modules, tels que: Dignité et vocation de la femme, la femme comme artisan de la paix et la Femme en tant qu'actrice du changement social.
5. La mise en place de structures de promotion de la femme. Il pourrait s'agir d'organisations des femmes qui s'occupent de différentes activités au niveau paroissial et diocésain; des Centres de formation des femmes pour la paix.

 

Synode : Synthèse des interventions du 10 octobre (matin)

Dixième Congrégation générale

- Mgr Fridolin AMBONGO BESUNGU, O.F.M. Cap., Évêque de Bokungu-Ikela (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

L'exploitation des ressources naturelles est une des conditions pour une paix durable en RDC. En effet, les guerres à répétition que nous venons de vivre ont révélé que les ressources naturelles qui font de la RDC un "scandale géologique" constituent à la fois un bonheur, c'est-à-dire, un important atout économique pour le redressement du pays et un malheur, c'est-à-dire, une source permanente de convoitise, de conflits, de corruption voire d'une mafia internationale dont certains congolais sont complices. Les principales causes de ces guerres économiques qui remettent en cause le principe de la souveraineté des peuples sur leurs ressources sont: l'inexistence d'un cadre juridique international contraignant pour les multinationales et les industries extractives transnationales; la militarisation du secteur minier; l'explosion de la demande de certains minerais désormais stratégiques; la subordination des intérêts diplomatiques aux intérêts économiques des Grandes puissances; le non respect de la dignité du peuple congolais dont on n'apprécie que les richesses; la volonté de balkanisation de la RDC au profit des états nains facilement manipulables, etc. La CENCO intervient dans trois domaines prioritaires. La CENCO a créé une Commission épiscopale ad hoc pour les ressources naturelles chargée de suivre de près la question de l'exploitation des ressources. Par rapport à l'éducation, la CENCO a publié un vade-mecum du citoyen sur la gestion des ressources naturelles. Ce document place l'homme au centre de l'exploitation des ressources naturelles; il aide les citoyens à s'organiser à la base pour réclamer des multinationales le respect des responsabilités sociales des entreprises ; faire respecter les droits humains et des communautés. Étant donné la dimension internationale de la question de l'exploitation des ressources, la CENCO attend que les Églises sœurs élèvent la voix, en solidarité avec ce peuple qui a tant souffert, pour que la gestion de ces ressources dans le respect du droit puisse devenir une occasion de fraternité et de développement.

 

- Mgr Marcel MADILA BASANGUKA, Archevêque de Kananga (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

Toutes les formes des violences connues ces dernières années en Afrique et plus spécialement en RD Congo, ont influencé négativement la nature, l'existence et le fonctionnement de la famille. L'on pourrait dire que la famille en tant que telle est dans le collimateur de ceux qui ne veulent pas la paix et la réconciliation en Afrique.
Comme nous le demande l'Instrumentum laboris en son N° 20, cette auguste Assemblée peut-elle élaborer en faveur de la famille au regard des différents défis enregistrés durant ces assises?
Nous suggérons 6 stratégies et programmes de service:
- Former et conscientiser les élus chrétiens qui participent à l'élaboration des lois sur la famille afin de défendre la dignité et la noblesse de cette institution. Les instruments juridiques sont très importants dans les systèmes démocratiques aujourd'hui;
- Dénoncer "les dictatures et un certain colonialisme législatif" dont l'Afrique est souvent victime en ce qui regarde la famille;
- Vulgariser la charte des droits de la famille et avoir l'audace de la proposer à la communauté politique dans le cadre des débats démocratiques entre gouvernants et gouvernés ;
- Aider l'Afrique à ne pas subir les contraintes de certains Organismes qui lui imposent leurs
visions de la famille en vertu de l'aide apportée.
- Encourager l'expansion des Associations sur la famille ou en ériger des nouvelles pour consolider la famille, faire rayonner la dignité et la noblesse du sacrement de mariage;
- Introduire dans les séminaires et d'autres maisons de formation des analyses socio-pastorales contextuelles aux fins de dénicher, de critiquer et de prévenir les menaces et les risques qui pèsent sur l'institution familiale.

 

Huitième Congrégation générale

ROME, Jeudi 8 octobre 2009 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous les synthèses des discours des pères du synode sur l'Afrique, intervenus lors de la huitième Congrégation générale, vendredi 9 octobre dans la matinée.

- Rév. P. Edouard TSIMBA, C.I.C.M., Supérieur Général de la Congrégation du Coeur Immaculé de Marie (Missionnaires de Scheut) (UNION SUPÉRIEURS GÉNÉRAUX)

Des hommes et des femmes, fidèles à l'Évangile, s'engagent, parfois jusqu'au martyre, pour un monde plus juste et plus solidaire. Nos populations ont réussi certaines réconciliations nationales qui sont des modèles pour les autres continents. Le regard que beaucoup jettent sur des sociétés qu'on dit en panne de croissance doit donc changer.
Mais beaucoup reste à faire. Nos belles déclarations, nos documents ne changent pas automatiquement la réalité de nos peuples. Les messages de réconciliation, de paix, de justice et d'unité ne sont pas d'abord pour l'extérieur. Il sont aussi pour nous-mêmes parce que la crise dehors est aussi "ad intra". La réconciliation ne se fera pas par des discours et des déclarations. Elle est une option fondamentale de vie qui demande de notre part une conversion quotidienne, à l'intérieur de notre Église et de nos communautés. Notre mission de guérir les relations entre les personnes ne s'accomplira que si déjà dans nos propres communautés se pratiquent le vrai pardon, la recherche de la vérité, le souci de justice, bref un vrai amour dans une vraie communauté de frères et de sœurs ... Rien ne sert d'aller parler de la paix aux autres si une vraie paix ne règne pas dans nos propres communautés.
Il nous faut rafraîchir la manière de penser nos engagements religieux. Des temps de formation permanente deviennent indispensables. Il est aussi indispensable que nous promouvions un mouvement efficace de re-fondation.
Que nos écoles et nos universités catholiques forment des cœurs et pas seulement des têtes; que les usines de fabrication d'armes de guerres cessent d'exister.

 

- Mgr Joseph KUMUONDALA MBIMBA, Archevêque de Mbandaka-Bikoro (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

Depuis l'implantation de l'Église en Afrique et plus spécialement en RD Congo, l'éducation scolaire a toujours bénéficié d'une singulière attention de l'Église. Pour celle-ci, les écoles de tous les niveaux ainsi que les instituts supérieurs et les universités constituent des Iieux d'apostolat. L'Église s'y investit pour assurer une formation intégrale de l'homme selon la vision évangélique aux fins de garantir son épanouissement et de le rendre apte à mettre ses talents au service de la communauté.
Cependant, la crise multiforme liée à des guerres à répétition a entraîné des conséquences déplorables dans le secteur de l'éducation. Ces conséquences déplorables risquent de perdurer trop longtemps si l'on n'y prend pas garde. Car, une éducation mal assurée compromet l'avenir de générations de jeunes et sacrifie des potentialités qui auraient servi à toute la nation. Ce qui est injuste et ne garantit pas la paix. Car les jeunes frustrés sont à la merci des pêcheurs en eau trouble.
Dans un climat de complaisance engendré par des pratiques malhonnêtes, la qualité de l'enseignement n'est pas garantie. Les organisateurs, les gestionnaires et les parents sont conscients que les diplômes délivrés ne représentent pas un niveau intellectuel et moral approprié aux exigences du monde scientifique et de travail. Naturellement, l'Église qui continue d'investir une bonne partie de son personnel n'est pas satisfaite par ces résultats.
1. Imaginer un système de gestion scolaire qui garantit la liberté de l'Église pour une formation qualitative de la jeunesse ;
2. Solliciter un partenariat direct entre les organismes internationaux (UNESCO) et l'Église pour que les moyens alloués à la formation des jeunes puissent profiter réellement et directement à l'éducation de la jeunesse ;
3. Que les Congrégations ayant comme charisme l'éducation s'investissent davantage dans les écoles en veillant surtout aux enfants des pauvres pour empêcher l'émergence des classes sociales.
4.Que la formation à assurer vise la création d'emplois.
Ce faisant, nous sommes persuadé que l'Église qui est en Afrique pourrait accomplir tel qu'i1 se doit sa mission dans ce milieu où s'invente l'avenir; elle sera ·alors en mesure de garantir à tous les jeunes, les mêmes opportunités et les mêmes chances pour un avenir de justice et de paix.

- Rév. P. Jacob BEYA KADUMBU, C.I., Vicaire Général des Joséphites de Belgique (UNION SUPÉRIEURS GÉNÉRAUX)

Le premier synode africain avait défini les communautés ecclésiales vivantes comme une priorité pastorale des Églises d'Afrique. De ce fait, l'Église en Afrique ne peut pas relever les défis de la réconciliation, de la justice et de la paix, en ignorant l'expérience et l'apport de ces petites communautés.
Elles sont des lieux de prévention et de résolution des conflits, des lieux où le mystère du Christ se révèle et devient réalité connue, crue et vécue. Dans ces communautés, règnent la gratuité, la solidarité, un sort commun; chacun y est motivé à construire la Famille de Dieu, famille entièrement ouverte sur le monde, et qui n'exclut absolument personne.
Malheureusement, cette approche est loin d'être la réalité. En témoignent certains massacres et pillages en Afrique, où sont impliqués quelques membres des CEV. La sincérité de leur fraternité et de leur solidarité est remise en question. Il devient donc nécessaire et urgent que la fraternité humaine des CEV cesse de se fonder sur le sang pour se greffer sur la foi en Jésus-Christ.
En dehors du sacrement de la réconciliation, instrument privilégié de la réconciliation avec Dieu, avec soi-même et avec les autres, les CEV vivent d'autres expériences de réconciliation, comme la palabre, que l'on ne peut pas sous-estimer.
En définitive, les CEV demeurent les lieux de célébration et de vie des vertus théologales.

 

Nous publions, ci-dessous, les résumés des interventions des Auditeurs et Auditrices:

- Soeur Pauline ODIA BUKASA, F.M.S., Supérieure Général des Soeurs "Ba-Maria", Buta Uele (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

La femme est marginalisée à tous les niveaux. Elle est presque exclue du processus global du développement du continent. Elle est victime des us et coutumes ancestrales et c'est elle qui, actuellement, porte le poids de tous les conflits armés qui déchirent l'Afrique et principalement la R.D. Congo. En ce moment où l'Église en Afrique s'engage à travailler pour la réconciliation de ses fils et filles, la femme ne peut plus être ignorée. Elle y a un grand rôle à jouer. De nos jours, le dynamisme et la détermination des femmes à pourvoir à la survie de leurs foyers, à l'entretien et à l'éducation de leurs enfants est une ressource à capitaliser pour sa pleine implication dans le processus de la réconciliation en vue de la paix véritable.
Tout en reconnaissant les efforts que vous déployez déjà en faveur de la dignité de la femme, nous, vos mamans et femmes consacrées, vous demandons à vous nos Pères les Évêques dans cette Église-Famille de: Promouvoir la dignité de la femme en lui assurant des espaces nécessaires pour le déploiement de ses talents dans les structures ecclésiales et sociales; Promouvoir les associations ou les ONGD féminines qui luttent déjà pour la promotion de la femme à travers l'alphabétisation et l'éducation; Reprendre et créer des écoles par l'Église catholique pour assurer à la jeunesse une éducation aux valeurs chrétiennes, africaines et humaines susceptibles de consolider la structure familiale; Dénoncer toutes les violations faites aux femmes, aux enfants et tout un peuple et dire tout haut aux auteurs de cette tragédie, tant au niveau national qu'international, la grave responsabilité qui est la leur devant Dieu et devant l'histoire. Et que justice soit faite.

 

Synode : Synthèse des interventions du 8 octobre (matin)

Sixième Congrégation générale

Nous reprenons ci-dessous, les résumés des interventions, publiés par la secrétairerie générale du Synode (traductions de travail, non officielles).

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- Mgr Marcel UTEMBI TAPA, Archevêque de Kisangani (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

La dimension politique de la paix invite l'Église qui est en Afrique à inventer des nouvelles méthodes de présentation de son enseignement social fondé sur des valeurs évangéliques susceptibles de favoriser la paix et l'entente entre les peuples. En convenant que la paix est d'abord un don de Dieu, nous proposons que l'Église qui est en Afrique s'implique davantage afin que:
La classe politique africaine soit effectivement au service du bien commun. A cet effet, l'Église devra soigner et renforcer l'accompagnement et la formation des hommes politiques à la lumière de l'enseignement social de l'Église.
Soit mis sur pied un programme transversal et œcuménique d'éducation civique des populations afin de promouvoir la conscience citoyenne et la participation responsable des populations locales dans la gestion du patrimoine de leurs pays respectifs.
Organiser les populations et les communautés à la base en vue de cette participation citoyenne. L'expérience de l'organisation des Comités locaux de gouvernance participative, qui sont des cadres apolitiques, permettrait aux communautés locales de se prendre en charge à la base et de participer au développement de leur milieu en dialogue avec les élus locaux et les gouvernants. Cela pourrait déboucher sur l'émergence des Liaisons parlementaires comme structures permanentes de plaidoyer auprès des organes délibérants chargés d'édicter des lois et de contrôler l'exécutif à tous les niveaux.
Sur la même lancée, créer un Observatoire sous-régional des politiques nationales comme laboratoire d'analyse sociale et de prospective, capable de donner des alertes sur les grandes tendances des politiques mises en oeuvre et leur conformité à la finalité de la communauté politique qui est le service du bien commun.
Travailler à l'émergence d'une classe politique responsable et consciencieuse.


- Mgr Nicolas DJOMO LOLA, Évêque de Tshumbe, Président de la Conférence Épiscopale (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

En faisant un état des lieux des retombées des guerres et des violences imposées à la République Démocratique du Congo, l'on est obligé de fustiger les mensonges et les subterfuges utilisés par les prédateurs et commanditaires de ces guerres et violences. Le tribalisme sans cesse évoqué pour rendre compte de ces guerres en République Démocratique du Congo n'est qu'un paravent. La diversité ethnique est instrumentalisée pour se donner l'occasion de piller les ressources naturelles.
Nous déplorons le fait que la Communauté internationale ne fasse pas assez pour mettre fin à ces guerres et violences, en s'intéressant suffisamment à leurs véritables causes: le pillage des ressources naturelles. Elle s'est limitée à soigner les conséquences des guerres au lieu de s'attaquer avec détermination et de manière persuasive à leurs causes. Sur la même lancée, nous déplorons le fait que les souffrances et les vies humaines fauchées en République Démocratique du Congo par ces guerres n'ont pas suscité la même indignation et la même condamnation que lorsque cela arrive sous d'autres cieux. Sinon, comment expliquer la résurgence et la virulence des violences que l'on continue de condamner du bout des lèvres sans envisager d'actions efficaces de manière à mettre fin une fois pour toutes aux causes de ces violences. Ne partageons-nous pas la même humanité?
Dans un monde où il devient de plus en plus évident que nous constituons un village global, des actions concertées et globales devraient être menées pour venir à bout des violences faites à l'Afrique par la prédation de ses ressources, afin de permettre finalement à ce continent, en ce début du troisième millénaire, de vivre également dans la paix et de se développer dans la solidarité avec les autres.
A cet effet, nous suggérons que ce Synode convie d'abord tous les chrétiens au nom de notre foi en Jésus Christ, qui par son sacrifice suprême sur la croix nous a donné la vraie mesure de la dignité de chaque personne humaine; et ensuite, qu'il invite tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté, au nom de notre humanité commune, à condamner et à dénoncer publiquement les commanditaires des guerres et des violences en Afrique. Sinon nous sommes complices du mal fait à notre frère.

 

- Mgr Valentin MASENGO NKINDA, Évêque de Kabinda (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

L'Église catholique en Afrique inspire admiration et respect même à ceux qui ne partagent pas son enseignement grâce à la nature et à la stabilité de ses structures qui reflètent sa nature communionnelle. L'esprit de communion y a été insufflé dès le début par l'action missionnaire et il y perdure en dépit de quelques tendances et forces déconstruisantes à éradiquer.
Si certains indices de division provenant du désordre de la cité se retrouvent également dans le temple, cela est dû entre autres à une mauvaise compréhension et à l'instrumentalisation des structures de l'Église en Afrique par certains esprits.
Pour les éradiquer, nous suggérons que cette Assemblée synodale :
- Rappelle le respect de l'esprit et des normes constitutives des structures de l'Église à tous les niveaux
- Recommande d'éviter dans l'érection des circonscriptions ecclésiastiques, des plus élementaires aux plus complexes (des CEV, paroisses, diocèses, régions ecclésiastiques, etc), de faire correspondre celles-ci aux limites territoriales ou linguistiques tribales ou ethniques afin de faire apparaître avec évidence l'essence même de l'Église comme famille de Dieu ouverte à tous ;
- Insiste afin de minimiser les tendances tribalisantes et ethnicisantes en soignant la formation des fidèles catholiques, des agents pastoraux, des prêtres et des religieux pour qu'ils s'imprègnent de l'esprit sous-jacent aux structures de dialogue et de participation de l'Église ;
- Mette un accent très singulier sur la formation socio-politique des dirigeants laïcs dans la ligne de l'enseignement social de l'Église afin de les affermir dans la foi catholique pour leur permettre d'agir en politique et dans la cité comme des artisans de communion et d'unité ;
- Accorde une importance de taille au choix des formateurs dans les maisons de formation sacerdotale, religieuse, des Instituts Supérieurs de Sciences Religieuses, des Universités catholiques et ecclésiastiques pour réussir à insuffler cet esprit communionnel au-delà de tout clivage ethnique et tribal.
- Redise que dans les provisions canoniques à tous les échelons, l'on nomme les personnes sans se laisser conditionner par leur appartenance tribale et ethnique.
- Dans les écoles catholiques et dans les Mouvements d'action catholique, que l'on recrute des maîtres et des encadreurs imbus de l'esprit ecclésial dans l'intention d'assurer aux jeunes une vision saine et communionnelle de l'Église comme famille des enfants de Dieu.

 

Synode : Synthèse des interventions du 7 octobre (après-midi)

 

Cinquième Congrégation générale

ROME, Jeudi 8 octobre 2009 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous les synthèses des discours des pères du synode sur l'Afrique, intervenus lors de la cinquième Congrégation générale, mercredi 7 octobre dans l'après-midi.

 

Mgr Fulgence MUTEBA MUGALU, Évêque de Kilwa-Kasenga (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

Pour promouvoir une culture de paix, de justice, de réconciliation, de tolérance, de dialogue et de convivialité au sein de nos populations, les Églises d'Afrique ont intérêt à utiliser efficacement les médias et à relever certains défis. À l'heure du numérique c'est un impératif incontournable dans un environnement médiatique pollué par la manipulation, la propagande politique, le divertissement peu édifiant et l'activisme des sectes, mais aussi marqué par l'impérialisme des médias étrangers qui se proposent en s'imposant.
D'une part, pour être efficace, la communication ecclésiale doit devenir une priorité pastorale. Pour cela, les moyens de communications sociales doivent être réellement mis au service de l'évangélisation et eux-mêmes évangélisés. Il est souhaitable, à cet égard, que nos structures ecclésiales et nos institutions ecclésiastiques disposent, dans la mesure de leurs ressources matérielles disponibles, de leurs moyens propres de communications (radios, journal, bulletin d'informations, site Internet, télévision, téléphone, etc.) et les utilisent réellement. Face au manque de moyens matériels et financiers, on utilisera, par exemple, le parrainage avec des organes médiatiques d'autres continents, ainsi que la solidarité active avec les personnes de bonne volonté. Les agents pastoraux, en l'occurrence les évêques, les prêtres et les séminaristes, doivent s'initier à l'utilisation de nouvelles technologies de la communication et de l'information en pastorale, particulièrement dans la pastorale de la justice, de la paix et de la réconciliation. Nos populations doivent, elles aussi, être formées à l'usage des outils médiatiques avec discernement et esprit critique, à la lumière des principes éthiques et des droits humains. Quant aux opérateurs de la communication dans nos sociétés, il impérieux qu'ils soient sensibilisés sur la déontologie de leur métier et sur la responsabilité qui est la leur dans la promotion de la paix, de la justice, de la réconciliation et de la dignité de la personne humaine. Comme nous le recommande la doctrine de l'Eglise, l'on doit fonder des associations des communicateurs catholiques.

 

Quatrième Congrégation générale

ROME, Mercredi 7 octobre 2009 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous les synthèses des discours des pères du synode sur l'Afrique, intervenus lors de la quatrième Congrégation générale, mardi 6 octobre dans l'après-midi.

- S. Exc. Mgr François Xavier MAROY RUSENGO, Archevêque de Bukavu (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

Partant des dégâts causés par les guerres et les violences dans l'Est de notre pays, la RD Congo, et plus spécialement dans notre archidiocèse de. Bukavu, nous estimons que la réconciliation ne pourrait plus se limiter uniquement à l 'harmonisation des relations interpersonnelles. Elle doit inéluctablement prendre en considération les causes profondes de la crise des relations qui·se situent au niveau des intérêts et des ressources naturelles du pays à exploiter et à gérer dans la transparence et l'équité au profit de tous. Car les causes des violences dans l'Est de la RD Congo sont essentiellement les ressources naturelles.
A cet effet, nous rappelons le travail que la commission "Justice et Paix" est en train d'abbattre dans l'archidiocèse de Bukavu pour que la réconciliation advienne par la reconstruction communautaire.
L'objectif est d'aider les gens à se réconcilier entre eux et avec leur histoire et à s'engager à bâtir ensemble un avenir nouveau.
Une attention toute particulière est consacrée aux jeunes. Pour eux, nous proposons des activités récréatives et culturelles susceptibles de favoriser la réconciliation à leur niveau, grâce à l'implication de tous et de chacun d'eux dans la reconstruction de leurs milieux de vie.
Cette approche est à appréhendée comme une réponse aux traumatismes communautaires souvent oubliés afin de rendre les gens responsables et acteurs d'un changement positif. Elle nécessite le renforcement de l' éducation à la base et l' organisation des populations en vue d'une meilleure prise en charge communautaire. Elle requiert également une mise en place des espaces et des cadres d'échange et de dialogue pour une participation effective de la population à la gestion des richesses qui doivent concourir désormais à la reconstruction, au développement, à la réconciliation et à une cohabitation pacifique.
Pendant que nous prenons la parole durant ces assises, les agents pastoraux dans notre archidiocèse sont inquiétés par les ennemis de la paix. Une des paroisses de notre archidiocèse a été incendiée le vendredi 2 octobre 2009, les prêtres ont été molestés, d'autres pris en otage par des hommes en uniforme qui ont exigé une importante rançon que nous avons été forcé de payer pour épargner la vie de nos prêtres qu'ils menaçaient de massacrer. Par ces gestes, c'est l'Église, restée l'unique soutien pour un peuple terrorisé, humilié, exploité, dominé que l'on voudrait réduire au silence. Seigneur que ta volonté soit faite, que ton règne de paix arrive (cf. Mt 10,6).

 

Deuxième Congrégation générale

 

ROME, Mardi 6 octobre 2009 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous les synthèses des discours des pères du synode sur l'Afrique, intervenus lors de la deuxième Congrégation générale, lundi 5 octobre après-midi.  

AFRIQUE. MGR.LAURENT MONSENGWO PASINYA, ARCHEVEQUE DE KINSHASA (RDC): "Il y a lieu de reconnaître que l'esprit et la dynamique de la première Assemblée spéciale pour l'Afrique ont donné une impulsion nouvelle à la vie et à la mission de l'Eglise en Afrique. Non seulement les Eglises locales ont accueilli avec enthousiasme l'Exhortation post-synodale Ecclesia in Africa, qu'elles ont éditée et présentée, mais en outre elles en ont suivi les directives, les options et les orientations soit pour convoquer des synodes diocésains, nationaux ou régionaux, soit pour organiser des congrès, des symposiums ou des séminaires sur le thème-clé d'Eglise-famille de Dieu, ou encore pour élaborer des projets, des plans et des programmes pastoraux fondés sur ce même thème... Cette seconde Assemblée spéciale pour l'Afrique est appelée à engager l'Eglise et la société en Afrique sur le chemin, du pardon, de la réconciliation et de la paix, grâce à la justice dans la vérité".