Conférence Episcopale Nationale  du Congo

 

Au sujet de la situation sécuritaire à l’Est du pays et dans la province Orientale

Communiqué de presse de la Cenco

Une délégation de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (Cenco) constituée de 6 évêques provenant de 6 provinces ecclésiastiques de la RD Congo, conduite par son Excellence Mgr Joseph Banga, Evêque de Buta et vice-président de la Cenco, accompagnée du secrétaire général de la Cenco, du 2e secrétaire général adjoint et de quelques secrétaires de commissions épiscopales, a effectué, du 13 au 20 mars 2009, une visite de solidarité et de réconfort aux diocèses de Dungu-Doruma et de Goma.

Partie de Kinshasa le 13 mars 2009, elle est arrivée d’abord à Dungu le 14 mars en passant par Kisangani. Accueillie par son Excellence Mgr Richard Domba, Evêque de Dungu-Doruma, elle a visité et consolé les camps de déplacés autour de la cité de Dungu. Le 15 mars 2009, durant la célébration eucharistique du 3e dimanche de carême, elle a exhorté les fidèles catholiques et la population de Dungu tout entière à ne pas se laisser vaincre par le désespoir. A l’issue de la célébration eucharistique, elle s’est mise à l’écoute des doléances des déplacés. Elle leur a promis de relayer auprès de qui de droit leurs requêtes d’une paix durable, d’une effective sécurisation de leur milieu de vie et de travail. Par ailleurs, l’assistance humanitaire s’y avère urgente et nécessaire. Car cette population, démunie de tout, passe la nuit dans des tentes de fortune et elle est, en outre, menacée par l’imminente saison de pluie.

Depuis les atrocités de la LRA, la Caritas-Congo fut la première à s’être rendu à Dungu et à avoir pensé à apporter l’aide humanitaire pour soulager, tant soit peu, la souffrance de cette population. Le même constat a été fait à Doruma où la délégation est arrivée à bord d’un hélicoptère de l’armée ougandaise en opération de reconnaissance. Là, le spectacle a été le plus affligeant. Une cité de plus ou moins 4.000 habitants héberge, dans des conditions pitoyables et infra humaines, une foule de déplacés continue d’augmenter chaque jour à causes des attaques cruelles et sans arrêt de la LRA sont incontrôlables et la coalition Ougando-Fardc n’a pas résolu la question de leur présence dans le Haut-Uélé. Au contraire, la LRA ressemble aujourd’hui à un guêpier sur lequel l’on a lancé des cailloux !

Tout compte fait, de la visite dans le diocèse de Dungu-Doruma, on peut relever les éléments saillants suivants :

-         Partout il y a inquiétude et peur. Pour la population, tout peut arriver !

-         Beaucoup de sinistrés sont dans des lieux enclavés où, à cause de l’insécurité, l’assistance humanitaire ne leur arrive pas. D’où la faim, le manque de médicaments, la crainte des épidémies, la fermeture des écoles, etc.

-         L’action de la coalition Ougando-congolaise (ndlr) n’a pas réussi à anéantir la LRA, mais bien au contraire à la rendre plus furieuse et cruelle contre la population civile.

-         La population ayant appris par la voie des ondes le départ de l’armée ougandaise demande au Gouvernement l’accroissement de l’effectif des militaires des FARDC avec la logistique nécessaire pour faire face à la LRA.

-         Au sujet de la crise humanitaire, la population à travers un mémorandum demande entre autres que les territoires de Dungu, Faradje, Aba, Niangara et Ango soient déclarés « territoires sinistrés » : qu’une commission de crise soit constituée au sein du Gouvernement pour gérer ce dossier jusqu’à son aboutissement ; qu’une assistance humanitaire conséquente en vivres, médicaments, abris et autres non vivres soient urgemment mise à la disposition des sinistrés.

La visite à Goma

A Goma où elle est arrivée le 17 mars 2009, la délégation a été accueillie par son Excellence Mgr Faustin Ngabu, Evêque de ce diocèse. Elle a visité l’école des orphelins et des enfants abandonnés tenus par les pères salésiens de Don Bosco à Ngangi, le camp de déplacés de Buhimba, le centre hospitalier Heal Africa où sont reçues les femmes violées et d’autres victimes de guerre. Elle s’est rendue à Rutshuru et à Kiwanja, lieux des massacres qui ont révolté l’opinion tant nationale qu’internationale. Ces camps regorgent des dizaines de milliers de déplacés, des familles agglutinées sous des bâches et de huttes de fortune qui ne les mettent pas à l’abri des intempéries ni du froid de Goma.

Ces déplacés ne rentrent pas encore dans leurs villages par crainte des massacres et des exactions des groupes armés toujours en action. Ils attendent d’être accompagnés et d’être rassurés et sécurisés par une présence policière congolaise en vue de se réinstaller avec un minimum vital, en attendant qu’ils s’adonnent aux travaux champêtres jusqu’à la première récolte pour subsister. Ils déplorent la non scolarisation de leurs enfants.

En somme, la paix déclarée à Goma est encore fragile. Le problème FDLR n’est pas totalement résolu, l’intégration harmonieuse des différents groupes armés dans les FARDC doit être encore bien pensée et finalisée.

Dans une messe concélébrée par plus de 50 prêtres avec la participation active de plus de 10.000 fidèles, le président de la délégation de la CENCO a réitéré le même message de consolation et de réconfort, encourageant les habitants de Goma à devenir des artisans de paix, de fraternité et de justice.

Cette visite a suscité beaucoup d’attentes et un grand espoir que la CENCO relayera auprès des instances compétentes et toutes celles capables d’intervenir de quelque manière que ce soit pour soulager et rassurer la population de Dungu et de Goma.

Au terme de cette visite pastorale, la CENCO adresse à tous un message d’unité, de solidarité et d’espérance. Elle dit non à la violence d’où qu’elle vienne et dénonce vigoureusement la banalisation de la destruction de la vie. Elle reconnaît et encourage les efforts du Gouvernement pour le rétablissement de la paix mais elle attend un engagement plus efficace avec des moyens à la hauteur des besoins. Elle rappelle en même temps avec insistance la responsabilité du pouvoir public dans sa mission de protéger les population civiles, car il est inacceptable que nos populations soient sans cesse à la merci de criminels étrangers installés sur notre territoire national. Elle appelle notre peuple à cultiver les valeurs de fraternité et d’unité. Elle implore le Dieu d’amour et de miséricorde pour qu’il jette sur la RD Congo un regard de consolation, qu’il réconforte et fortifie nos frères et sœurs éprouvés de Dungu-Doruma et Goma et nous accorde de travailler sans relâche à la réconciliation, la justice et la paix.

Fait à Kinshasa, le 25 mars 2009

Mgr Joseph Banga

Evêque de Buta

Vice-Président de la Cenco