Préambule
1.
Nous, Archevêques, Evêques et Administrateur diocésain, membres de la
CENCO, réunis en session ordinaire de l’Assemblée plénière, du 6 au 10
juillet 2009, voulons nous adresser à vous, chers fils prêtres, à l’occasion
de l’année sacerdotale décrétée par le Saint-Père pour commémorer le cent
cinquantième anniversaire du dies natalis de Saint Jean-Marie
Vianney, Patron des prêtres.
Le Curé d’Ars
2.
En effet, le Saint Curé d’Ars est le type de Pasteur d’âmes tout
adonné à l’annonce de la Parole de Dieu et au ministère de la
réconciliation, à la prière et à la pénitence. Toute sa vie était centrée
sur la célébration de la très Sainte Eucharistie et à l’adoration du Très
Saint Sacrement, d’où il puisait les énergies pour son zèle apostolique.
Confesseur très sollicité, il passait la plus grande partie de ses journées
à accueillir les pénitents. Pour lui, « la prière rend le fidèle du Christ
capable d’aimer Dieu ; elle est un avant-goût du ciel, un écoulement du
paradis. C’est un miel qui descend dans l’âme et adoucit tout. Les peines se
fondent devant une prière bien faite, comme la neige devant le soleil ».
3.
A plusieurs reprises, nous nous sommes adressés à vous, pour vous
rappeler le bien fondé et les exigences de votre ministère sacerdotal. Les
Statuts du Clergé diocésain, que nous avons publiés récemment, sont un texte
juridique qui esquisse le style de vie qui doit vous orienter. Ces Statuts
ont été heureusement complétés par le document « l’Identité du prêtre
diocésain ».
But du message
4.
En attendant la publication d’un document plus élaboré sur le
Ministère et la vie des prêtres, il nous paraît opportun, en ce début de
l’année de grâce, de vous adresser le présent message, pour vous inviter à
découvrir sans cesse et à vivre toujours mieux dans le Christ, Prêtre
éternel, votre identité sacerdotale. Avec le Saint-Père, nous voulons
que cette année contribue à promouvoir un engagement de votre renouveau
intérieur afin de rendre plus incisif et plus vigoureux votre témoignage
dans notre pays et dans le monde
Comme le faisait remarquer le Pape Paul VI, « l’homme contemporain écoute
plus les témoins que les maîtres ou, s’il écoute les maîtres, c’est parce
qu’ils sont témoins ».
Constat
5.
Chers frères dans le sacerdoce, nous sommes conscients du fait que
vous exercez votre ministère dans un monde caractérisé par : la perte du
sens du sacré, l’invasion grandissante des sectes, le pluralisme religieux,
l’effritement des valeurs morales et la propension des anti-valeurs telles
que : le mensonge, la division, le tribalisme, la xénophobie, le non-respect
de la parole donnée et du bien commun, la perte du sens de l’honneur et de
la dignité, la malhonnêteté, la permissivité, la mauvaise gestion. En outre,
ce contexte est marqué, depuis quelques années, par des situations
dramatiques de conflits armés avec leurs cortèges de malheurs, par une
misère et une pauvreté indescriptibles, par la perte du pouvoir d’achat de
la population, ainsi que par la destruction de nos principales
infrastructures de base.
Nos modèles de courage et d’héroïsme
6.
En dépit de cette situation catastrophique, certains d’entre vous ont
fait preuve ou continuent de faire preuve de bravoure et d’héroïsme
exemplaires. Nous pensons notamment aux Abbés Stefano KAOZE et Charles MBUYA.
D’autres encore, victimes de la haine et des atrocités diverses, sont allés
jusqu’à verser leur sang pour témoigner de leur foi. D’autres enfin bravent
quotidiennement, dans le silence et l’abnégation, des épreuves de tous
genres. C’est ici l’occasion pour nous de rendre un vibrant hommage à ces
dignes fils de notre Eglise.
Quelques lacunes
7.
Cependant, nous reconnaissons qu’« il existe aussi malheureusement
des situations jamais assez déplorées où l’Eglise elle-même souffre de
l’infidélité de certains de ses ministres. Et c’est, pour le monde, un motif
de scandale et de refus ».
Aussi, voulons-nous, en tant que vos Pères dans la foi, interpeller votre
conscience des pasteurs sur certains comportements qui remettent en question
ce noble appel que vous avez reçu de Dieu. Parmi ces situations, nous
pouvons citer : le relâchement dans la vie de prière, la négligence dans la
célébration des sacrements, le non-respect des engagements sacerdotaux, la
violation de la loi de résidence, le fléchissement du zèle apostolique, le
manque d’unité et de fraternité sacerdotale, la tendance à l’évasion et à l’excardination,
des situations de conflits avec l’autorité ou avec les confrères, des
compromissions de tous genres.
Exhortations
Redécouverte de l’identité sacerdotale
8.
C’est pourquoi, saisissant l’opportunité de cette année jubilaire du
Saint Curé d’Ars, nous vous exhortons à découvrir davantage et à vivre
toujours mieux votre identité sacerdotale qui s’enracine dans la personne
même de Jésus-Christ.
Le Christ doit donc demeurer le
référent dans votre vie de tous les jours. En d’autres termes, vous êtes
appelés à être des témoins authentiques du Christ sur qui se construit
l’Eglise, afin que chacun de vous soit à même de dire : « Pour moi,
vivre c’est le Christ »
9.
Redécouvrir et vivre votre
identité de prêtre signifie être
maître de la parole, ministre des sacrements et guide de la communauté
chrétienne. Maître de la parole, vous devez, sans compromission, à temps et
à contretemps, assurer la mission prophétique de l’Eglise. Ministre des
sacrements, vous êtes appelés, à un titre particulier, à la perfection car
de par votre ordination, vous êtes des instruments vivants du Christ, Prêtre
Eternel
auquel
vous êtes configurés, de sorte que le fondement de votre spiritualité et les
exigences de la sainteté en découlent. Guide de la Communauté chrétienne,
vous devez être plus témoins que maîtres.
Vie de prière
10.
En cette année sacerdotale, nous voulons vous rappeler la place
importante que vous devez accorder dans votre vie à la prière personnelle, à
la célébration des sacrements, à d’autres exercices de piété. En effet,
c’est l’exercice loyal, inlassable de vos fonctions dans l’esprit du Christ
qui est, pour vous, le moyen authentique d’arriver à la sainteté.
C’est pourquoi, pour mieux vivre votre union au Christ dans toutes les
circonstances de votre vie, nous vous prions d’accorder une importance
particulière aux pratiques suivantes : la célébration quotidienne de
l’Eucharistie et de l’office divin, le sacrement de la réconciliation,
l’adoration du Saint-Sacrement, la dévotion à la Vierge Marie, la lectio
divina, les retraites et les recollections, la direction spirituelle, une
vie affective équilibrée.
La communion sacerdotale
11.
Nous vous rappelons que le ministère sacerdotal est le ministère de
l’Eglise. Par conséquent, « on ne peut s’en acquitter que dans la
communion hiérarchique du corps tout entier. C’est donc la charité
pastorale qui pousse les prêtres, au nom de cette communion, à consacrer
leur volonté propre par l’obéissance au service de Dieu et de leurs frères,
à accueillir et à exécuter en esprit de foi les ordres et les conseils du
Pape, de leurs Evêques et de leurs autres supérieurs».
Cette obéissance sacerdotale, volontaire et responsable, est une
exigence et une expression de la communion hiérarchique qui se fonde entre
autres sur la participation au même sacerdoce et au même ministère
apostolique.
Ainsi, vous exhortons-nous à rester attachés à vos Evêques et à vos
Supérieurs par l’obéissance et le respect.
12.
Imitateurs du Christ chaste, nous vous invitons à accueillir le
célibat comme un don gratuit de Dieu et de le vivre de manière radicale.
En effet, « le fait que le Christ lui-même prêtre pour l’éternité ait
vécu sa mission jusqu’au sacrifice de la croix, dans l’état de virginité,
constitue le point de référence sûr pour accueillir le sens de la tradition
latine sur cette question. En réalité, il est une conformation particulière
au style de vie du Christ lui-même ».
13.
Dans le même sens, nous vous convions à la vie commune, au respect de
l’horaire de la communauté en sachant que les visites intempestives
perturbent la quiétude du presbytère. Dans vos relations avec vos familles,
veillez à ce que rien ne nuise aux affaires du presbytère ni à l’apostolat.
Lutte contre les anti-valeurs
14.
Pour lutter aussi contre les anti-valeurs décriées ci-haut, nous
vous exhortons au respect mutuel. Le dénigrement et le manque de discrétion
ne sont pas de nature à favoriser la fraternité. Nous vous exhortons à
utiliser les moyens de communication sociale modernes (Internet, radio,
journaux …) dans un esprit humain et chrétien.
Nous vous recommandons de ne pas les utiliser pour nuire à vous-mêmes et aux
tiers.
Gestion des biens matériels
15.
Il est vrai que les conditions matérielles et financières dans
lesquelles vous exercez la pastorale ne sont pas toujours faciles.
Cependant, il ne faudra pas que le matériel prime sur le spirituel.
Au lieu de pratiquer la loi du moindre effort et d’adopter une attitude
d’assisté, nous vous exhortons au travail productif
et à la culture de vraies valeurs, notamment l’honnêteté dans
l’acquisition et la gestion des biens ainsi que la modération dans les
besoins.
Rapports avec le monde politique
16.
Par rapport à l’engagement politique, nous vous rappelons qu’« il
est interdit au clerc de remplir les charges publiques qui comportent une
participation à l’exercice du pouvoir public ».
Dans vos relations avec les autorités civiles et politiques, nous vous
prions de vous laisser guider par le zèle apostolique et d’user de la plus
grande discrétion et de la plus grande prudence.
Prêtres, Ministres de l’Espérance
17.
Nonobstant les difficultés évoquées ci haut, ne perdez pas de vue que
vous êtes Ministres de l’Espérance. Car la chose principale dans
votre vie est de trouver Jésus et d’expérimenter qu’il vous connaît, vous
aime et vous appelle à vivre totalement dans son amour.
L’espérance est, en effet, le fondement de votre vie de disciples et de
Pasteurs, et elle donne sens à votre vie personnelle et communautaire.
L’espérance est tellement importante pour les prêtres que vous devez
toujours continuer à espérer même si, pour votre vie ou pour le moment que
vous êtes en train de vivre, il n’y a plus rien à espérer.
Assurance de notre proximité
18.
En ces temps difficiles aussi bien pour notre peuple que pour vous,
nous voudrions vous assurer de notre proximité. Nous voudrions aussi vous
exprimer notre reconnaissance et notre admiration pour votre fidélité et
votre dévouement au service des fidèles qui vous sont confiés. Nous vous
exhortons à l’excellence dans la vie spirituelle et morale, en vous
rappelant le lien unique qui vous associe au Christ.
Exhortation finale
19.
Chers frères dans le sacerdoce, l’année sacerdotale est une année de
grâce pour votre sanctification et la fécondité de votre ministère. C’est
pourquoi, nous vous convions à plus de solidarité entre vous, car vous
travaillez tous pour une même cause, à savoir : l’édification du Corps du
Christ qui exige unité, concorde et collaboration mutuelle.
Conclusion
20.
La réussite de votre ministère dépend de votre relation intime avec
le Christ. Que cette année sacerdotale soit, pour vous, une année de prière,
de pénitence et de mortification à l’exemple de saint Jean-Marie Vianney
dont la charité pastorale a conduit à chercher la proximité avec tous sans
acception de personne. Sur ce chemin, la Sainte Vierge Marie, Mère des
prêtres et les Bienheureux Marie Clémentine ANUARITE et Isidore BAKANJA nous
montrent que c’est l’amour qui conduit à la fidélité. Nous vous confions à
leur intercession.

Evangelii nuntiandi, n. 41