Conférence Episcopale Nationale  du Congo

« POUR MOI, VIVRE C’EST LE CHRIST » (Ph 1, 21)

FIDELITE DU CHRIST, FIDELITE DU PRÊTRE

Message des Evêques de la CENCO aux prêtres de l’Eglise Famille de Dieu qui est en RD Congo

Préambule

1.      Nous, Archevêques, Evêques et Administrateur diocésain, membres de la CENCO, réunis en session ordinaire de l’Assemblée plénière, du 6 au 10 juillet 2009, voulons nous adresser à vous, chers fils prêtres, à l’occasion de l’année sacerdotale décrétée par le Saint-Père pour commémorer le cent cinquantième anniversaire du dies natalis de Saint Jean-Marie Vianney, Patron des prêtres.

Le Curé d’Ars

2.      En effet, le Saint Curé d’Ars est le type de Pasteur d’âmes tout adonné à l’annonce de la Parole de Dieu et au ministère de la réconciliation, à la prière et à la pénitence. Toute sa vie était centrée sur la célébration de la très Sainte Eucharistie et à l’adoration du Très Saint Sacrement, d’où il puisait les énergies pour son zèle apostolique. Confesseur très sollicité, il passait la plus grande partie de ses journées à accueillir les pénitents. Pour lui, « la prière rend le fidèle du Christ capable d’aimer Dieu ; elle est un avant-goût du ciel, un écoulement du paradis. C’est un miel qui descend dans l’âme et adoucit tout. Les peines se fondent devant une prière bien faite, comme la neige devant le soleil »[1].

3.      A plusieurs reprises, nous nous sommes adressés à vous, pour vous rappeler le bien fondé et les exigences de votre ministère sacerdotal. Les Statuts du Clergé diocésain, que nous avons publiés récemment, sont un texte juridique qui esquisse le style de vie qui doit vous orienter. Ces Statuts ont été heureusement complétés par le document « l’Identité du prêtre diocésain ».

But du message

4.      En attendant la publication d’un document plus élaboré sur le Ministère et la vie des prêtres, il nous paraît opportun, en ce début de l’année de grâce, de vous adresser le présent message, pour vous inviter à découvrir sans cesse et à vivre toujours mieux dans le Christ, Prêtre éternel, votre identité sacerdotale. Avec le Saint-Père,  nous voulons que cette année contribue à promouvoir un engagement de votre renouveau intérieur afin de rendre plus incisif et plus vigoureux votre témoignage dans notre pays et dans le monde[2] Comme le faisait remarquer le Pape Paul VI, « l’homme contemporain écoute plus les témoins que les maîtres ou, s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont témoins »[3].

Constat

5.      Chers frères dans le sacerdoce, nous sommes conscients du fait que vous exercez votre ministère dans un monde caractérisé par : la perte du sens du sacré, l’invasion grandissante des sectes, le pluralisme religieux, l’effritement des valeurs morales et la propension des anti-valeurs telles que : le mensonge, la division, le tribalisme, la xénophobie, le non-respect de la parole donnée et du bien commun, la perte du sens de l’honneur et de la dignité, la malhonnêteté, la permissivité, la mauvaise gestion. En outre, ce contexte est marqué, depuis quelques années, par des situations dramatiques de conflits armés avec leurs cortèges de malheurs, par une misère et une pauvreté indescriptibles, par la perte du pouvoir d’achat de la population, ainsi que par la destruction de nos principales infrastructures de base.

Nos modèles de courage et d’héroïsme

6.      En dépit de cette situation catastrophique, certains d’entre vous ont fait preuve ou continuent de faire preuve de bravoure et d’héroïsme exemplaires. Nous pensons notamment aux Abbés Stefano KAOZE et Charles MBUYA. D’autres encore, victimes de la haine et des atrocités diverses, sont allés jusqu’à verser leur sang pour témoigner de leur foi. D’autres enfin bravent quotidiennement, dans le silence et l’abnégation, des épreuves de tous genres. C’est ici l’occasion pour nous de rendre un vibrant hommage à ces dignes fils de notre Eglise.

Quelques lacunes

7.      Cependant, nous reconnaissons qu’« il existe aussi malheureusement des situations jamais assez déplorées où l’Eglise elle-même souffre de l’infidélité de certains de ses ministres. Et c’est, pour le monde, un motif de scandale et de refus »[4]. Aussi, voulons-nous, en tant que vos Pères dans la foi, interpeller votre conscience des pasteurs sur certains comportements qui remettent en question ce noble appel que vous avez reçu de Dieu. Parmi ces situations, nous pouvons citer : le relâchement dans la vie de prière, la négligence dans la célébration des sacrements, le non-respect des engagements sacerdotaux, la violation de la loi de résidence, le fléchissement du zèle apostolique, le manque d’unité et de fraternité sacerdotale, la tendance à l’évasion et à l’excardination, des situations de conflits avec l’autorité ou avec les confrères, des compromissions de tous genres.

 

Exhortations

 

Redécouverte de l’identité sacerdotale

8.      C’est pourquoi, saisissant l’opportunité de cette année jubilaire du Saint Curé d’Ars, nous vous exhortons à découvrir davantage et à vivre toujours mieux votre identité sacerdotale qui s’enracine dans la personne même de Jésus-Christ[5]. Le Christ doit donc demeurer le référent dans votre vie de tous les jours. En d’autres termes, vous êtes appelés à être des témoins authentiques du Christ sur qui se construit l’Eglise, afin que chacun de vous soit à même de dire : « Pour moi, vivre c’est le Christ »[6] 

9.      Redécouvrir et vivre votre identité de prêtre signifie être maître de la parole, ministre des sacrements et guide de la communauté chrétienne. Maître de la parole, vous devez, sans compromission, à temps et à contretemps, assurer la mission prophétique de l’Eglise. Ministre des sacrements, vous êtes appelés,  à un titre particulier,  à la perfection car de par votre ordination, vous êtes des instruments vivants du Christ, Prêtre Eternel [7]auquel vous êtes configurés, de sorte que le fondement de votre spiritualité et les exigences de la sainteté en découlent. Guide de la Communauté chrétienne, vous devez être plus témoins que maîtres.

Vie de prière

10. En cette année sacerdotale, nous voulons vous rappeler la place importante que vous devez accorder dans votre vie à la prière personnelle, à la célébration des sacrements, à d’autres exercices de piété. En effet, c’est l’exercice loyal, inlassable de vos fonctions dans l’esprit du Christ qui est, pour vous, le moyen authentique d’arriver à la sainteté[8]. C’est pourquoi, pour mieux vivre votre union au Christ dans toutes les circonstances de votre vie, nous vous prions d’accorder une importance particulière aux pratiques suivantes : la célébration quotidienne de l’Eucharistie et de l’office divin, le sacrement de la réconciliation, l’adoration du Saint-Sacrement, la dévotion à la Vierge Marie, la lectio divina, les retraites et les recollections, la direction spirituelle, une vie affective équilibrée.

La communion sacerdotale

11. Nous vous rappelons que le ministère sacerdotal est le ministère de l’Eglise. Par conséquent, « on ne peut s’en acquitter que dans la communion hiérarchique du corps tout entier. C’est donc la charité pastorale qui pousse les prêtres, au nom de cette communion, à consacrer leur volonté propre par l’obéissance au service de Dieu et de leurs frères, à accueillir et à exécuter en esprit de foi les ordres et les conseils du Pape, de leurs Evêques et de leurs autres supérieurs»[9]. Cette obéissance sacerdotale, volontaire et responsable, est une exigence et une expression de la communion hiérarchique qui se fonde entre autres sur la participation au même sacerdoce et au même ministère apostolique[10]. Ainsi, vous exhortons-nous à rester attachés à vos Evêques et à vos Supérieurs par l’obéissance et le respect.

12. Imitateurs du Christ chaste, nous vous invitons à accueillir le célibat comme un don gratuit de Dieu et de le vivre de manière radicale. En effet, « le fait que le Christ lui-même  prêtre pour l’éternité ait vécu sa mission jusqu’au sacrifice de la croix, dans l’état de virginité, constitue le point de référence sûr pour accueillir le sens de la tradition latine sur cette question. En réalité, il est une conformation particulière au style de vie du Christ lui-même »[11].  

13. Dans le même sens, nous vous convions à la vie commune, au respect de l’horaire de la communauté en sachant que les visites intempestives perturbent la quiétude du presbytère. Dans vos relations avec vos familles,  veillez à ce que rien ne nuise aux affaires du presbytère ni à l’apostolat[12].

Lutte contre les anti-valeurs

14.  Pour lutter aussi contre les anti-valeurs décriées ci-haut, nous vous exhortons au respect mutuel. Le dénigrement et le manque de discrétion ne sont pas de nature à favoriser la fraternité. Nous vous exhortons à utiliser les moyens de communication sociale modernes (Internet, radio, journaux …) dans un esprit humain et chrétien[13]. Nous vous recommandons de ne pas les utiliser pour nuire à vous-mêmes et aux tiers.

Gestion des biens matériels

15.  Il est vrai que les conditions matérielles et financières dans lesquelles vous exercez la pastorale ne sont pas toujours faciles. Cependant, il ne faudra pas que le matériel prime sur le spirituel[14]. Au lieu de pratiquer la loi du moindre effort et d’adopter une attitude d’assisté, nous vous exhortons au travail productif [15] et à la culture de vraies valeurs, notamment l’honnêteté dans l’acquisition et la gestion des biens ainsi que la modération dans les besoins.

Rapports avec le monde politique

16.  Par rapport à l’engagement politique, nous vous rappelons qu’« il est interdit au clerc de remplir les charges publiques qui comportent une participation à l’exercice du pouvoir public »[16]. Dans vos relations avec les autorités civiles et politiques, nous vous prions de vous laisser guider par le zèle apostolique et d’user de la plus grande discrétion et de la plus grande prudence[17].

Prêtres, Ministres de l’Espérance

17. Nonobstant les difficultés évoquées ci haut, ne perdez pas de vue que vous êtes Ministres de l’Espérance. Car la chose principale dans votre vie est de trouver Jésus et d’expérimenter qu’il vous connaît, vous aime et vous appelle à vivre totalement dans son amour[18]. L’espérance est, en effet, le fondement de votre vie de disciples et de Pasteurs, et elle donne sens à votre vie personnelle et communautaire[19]. L’espérance est tellement importante pour les prêtres que vous devez toujours continuer à espérer même si, pour votre vie ou pour le moment que vous êtes en train de vivre, il n’y a plus rien à espérer[20].

Assurance de notre proximité

18. En ces temps difficiles aussi bien pour notre peuple que pour vous, nous voudrions vous assurer de notre proximité. Nous voudrions aussi vous exprimer notre reconnaissance et notre admiration pour votre fidélité et votre dévouement au service des fidèles qui vous sont confiés. Nous vous exhortons à l’excellence dans la vie spirituelle et morale, en vous rappelant le lien unique qui vous associe au Christ[21].

Exhortation finale

19.  Chers frères dans le sacerdoce, l’année sacerdotale est une année de grâce pour votre sanctification et la fécondité de votre ministère. C’est pourquoi, nous vous convions à plus de solidarité entre vous, car vous travaillez tous pour une même cause, à savoir : l’édification du Corps du Christ qui exige unité, concorde et collaboration mutuelle. 

Conclusion

20.  La réussite de votre ministère dépend de votre relation intime avec le Christ. Que cette année sacerdotale soit, pour vous, une année de prière, de pénitence et de mortification à l’exemple de saint Jean-Marie Vianney dont la charité pastorale a conduit à chercher la proximité avec tous sans acception de personne. Sur ce chemin, la Sainte Vierge Marie, Mère des prêtres et les Bienheureux Marie Clémentine ANUARITE et Isidore BAKANJA nous montrent que c’est l’amour qui conduit à la fidélité. Nous vous confions à leur intercession. 

 

[1] Catéchèse de JM. VIANNEY aux petits enfants

[2] Cf. Lettre du Souverain Pontife pour l’indiction d’une année sacerdotale  à l’occasion du 150e anniversaire de dies

  natalis du saint curé d’Ars, p. 1

[3] Evangelii nuntiandi, n. 41

 

[4]  Lettre de l’indiction … p. 1.

[5] Cf. Benoît XVI, Exhortation apostolique sur l’Eucharistie Sacramentum caritatis, n. 23.

[6] Ph 1, 21.

[7] Cf. P.O. 12.

[8] Cf. P.O. 13.

[9] P.O., n°15.

[10] Cf. Lumen gentium n. 28.

[11] Benoît XVI, Sacramentum caritatis, n. 24.

[12] Cf. Statuts du Clergé diocésain, art. 54.

[13] Cf. Can. 822 §2.

[14] Jean-Paul II, Pastores dabo vobis, n. 8.

[15] Cf. CENCO, Prise en charge matérielle de l’Eglise par ses propres fidèles, n. 24.

[16] Canon 285 § 3.

[17] Cf. Statuts du clergé diocésain, art. 60.

[18] Cf. Spe salvi, n° 3.

[19] Cf. Spe salvi, n° 34.

[20]  Cf. Spe salvi, n° 35.

[21] Cf. Discours du Saint-Père Benoît XVI au 1er groupe des Evêques de la RDC, dans CENCO,  Défis pastoraux au seuil du 21ème siècle. Visite ad limina des Evêques de la CENCO (du 15 janvier au 14 février 2006, p. 106.