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PREAMBULE
1.
Réunis en la 43e Assemblée plénière à
Kinshasa du 03 au 07 juillet 2007, nous, Archevêques et Evêques de la
Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), vous adressons
un message d’espoir et d’interpellation sur la situation
socio-politique de notre pays. La conjoncture actuelle est marquée par
l’insécurité toujours persistante et l’exploitation non encore bien
ordonnée et contrôlée de nos ressources naturelles.
2.
« A vin nouveau, outres neuves » (Mc 2,
22) : à une nouvelle ère, il faut des comportements nouveaux. Nous voulons
vous demander à vous, notre vaillant peuple et nos nouveaux dirigeants
élus, un grand sursaut national et un changement de mentalité pour
sauver notre pays des dangers qui le guettent à nouveau. Ne
dormons pas, la maison brûle!
3.
En effet, au moment où nous venons de célébrer le
47e anniversaire de notre indépendance, il ne faut pas
seulement nous arrêter à la date du 30 juin 1960, où le pays a acquis sa
souveraineté internationale. Il convient aussi de nous rappeler l’année
1885 lorsque, à la Conférence de Berlin, l’Afrique fut démembrée et
attribuée aux puissances étrangères sanctionnant ainsi la colonisation du
Continent. Nos dirigeants doivent donc redoubler de vigilance, pour que
le pillage des ressources naturelles ne continue pas aujourd’hui sur
la base de vieilles archives coloniales ou à la faveur d’autres
balkanisations.
I. NOS PRISES DE POSITION ANTERIEURES
4.
Dans notre Message du 05 octobre 2006, nous
appelions notre peuple à participer aux élections dans la vérité et la
transparence. Nous dénoncions la violence dont les causes se situaient
dans le refus du dialogue positif et consensuel, les exclusions, le
non-achèvement de l’intégration de l’armée, les frustrations accumulées
depuis de nombreuses années, l’intoxication de l’opinion et l’intolérance[1].
La CENCO a-t-elle été écoutée ? Le 05 décembre 2006, dans la Déclaration
de notre Assemblée, nous affirmions néanmoins notre grande confiance en
l’avenir de notre pays. Nous saluions avec joie l’instauration du
nouvel ordre politique en RD Congo comme un tournant décisif vers les
valeurs universelles, qui fondent des Etats de droit et des régimes
politiques respectueux de l’homme et de sa dignité à tous égards. Mais
nous exprimions aussi nos observations par rapport aux limites du
processus électoral en même temps que nous indiquions les exigences
fondamentales ainsi que les urgences qui s’imposaient pour un Congo
nouveau[2].
Enfin, dans le communiqué de presse du 09 février 2007, notre regard était
tourné vers l’avenir, au moment de la formation du nouveau Gouvernement
de la 3e République.
5.
Depuis lors, les Evêques des provinces
ecclésiastiques de Lubumbashi, de Kinshasa (province du Bas-Congo) et de
Bukavu, en vertu de leur responsabilité pastorale, ont pris des positions
fermes pour condamner particulièrement l’exploitation des ressources
minières au détriment du pays et de la population, le
massacre au Bas-Congo et l’insécurité à l’Est du pays. L’Assemblée
plénière partage toutes ces préoccupations[3]
et inquiétudes tandis qu’elle réaffirme avec force le principe de
l’intégrité et de l’intangibilité du territoire national congolais.
II. ACQUIS MAJEUR
6.
L’installation des nouvelles institutions
issues des élections démocratiques (Présidence de la République, Sénat,
Assemblée nationale et Assemblées provinciales, Gouvernement central et
Gouvernements provinciaux), constitue certes un acquis majeur pour notre
démocratie naissante. Elle inaugure en même temps une ère nouvelle pour
une gestion responsable du pays. Cependant le simple fait que les
dirigeants soient élus et installés dans leurs fonctions ne suffit pas
pour résoudre les problèmes vitaux du peuple congolais. Il leur faut surtout une ferme volonté politique en
vue de la réussite de la grande mission qui leur est confiée. En
effet, les nouveaux dirigeants sont, d’un point de vue éthique,
tenus d’honorer les promesses faites lors des campagnes électorales :
la sécurité, la paix, l’amélioration des infrastructures routières,
ferroviaires, fluviales et aériennes, la promotion de la santé et de
l’éducation, le décollage économique, la gestion rigoureuse et
transparente de l’Etat, l’eau et l’électricité, les relations harmonieuses
et justes avec les pays voisins. Le peuple est impatient de voir le
début de réalisation des projets et programmes annoncés par les autorités
aujourd’hui au pouvoir. Nous encourageons celles-ci à assumer leurs
responsabilités devant Dieu et devant l’histoire, en faisant confiance en
Celui qui donne et le vouloir et le pouvoir (cf. Ph 2, 13).
III. PREOCCUPATIONS PARTICULIERES POUR L’AVENIR
7.
Les tristes événements survenus dans la ville
de Kinshasa les 22 et 23 mars 2007, l’insécurité récurrente dans
l’ensemble du pays et particulièrement dans les provinces de l’Est, les
situations précaires aux frontières, les assassinats ciblés, la ruée au
Congo d’« investisseurs » munis de contrats miniers et forestiers
discutables, l’exploitation anarchique des ressources naturelles,
notamment minières et forestières, la modicité du budget de l’Etat et la
lenteur dans les changements et réformes tant attendus, préoccupent
profondément notre cœur de pasteurs.
8.
Venus des quatre coins du Congo, nous
voulons porter à l’attention des nouveaux dirigeants du pays la
souffrance du peuple qui perdure après l’installation du nouvel ordre
institutionnel. La nation est interpellée pour que les mesures
nécessaires et urgentes soient prises devant la gravité du sort de notre
population tant dans la Capitale que dans les autres provinces du pays.
Nous attirons spécialement l’attention sur les points suivants.
1° Persistance des antivaleurs
9.
Nous avons dénoncé à plusieurs reprises, dans le
passé, les antivaleurs qui rongent notre société et risquent d’hypothéquer
son avenir, notamment l’absence de critères de moralité, la corruption et
la vénalité, l’achat des consciences, le déficit de loyauté et de
sincérité, l’infidélité à la parole donnée, la cupidité, le goût du gain
facile, les détournements de deniers publics, la violence. Aucun pays ne
peut se construire dans le mépris des valeurs morales[4].
2° Insécurité grandissante
10.
Dans tous nos diocèses, sur l’ensemble du
territoire national, on observe des faits d’insécurité : vols, viols,
tracasseries, enlèvements, taxes et péages excessifs mais sans effets
escomptés, arrestations arbitraires, cas répétés de meurtre… Nous
condamnons tous ces actes commis par les éléments des forces de l’ordre,
les milices et les rebelles étrangers présents sur le territoire national.
L’exploitation prochaine du pétrole dans le Lac Albert en Ituri, foyer
de tension, sème des inquiétudes en ce qui concerne le bénéfice qu’en
tirera la population. Le peuple veut connaître la vérité pour avoir ses
apaisements, car il craint la guerre du pétrole.
Bref, la situation sécuritaire actuelle de notre pays est encore
inquiétante. Elle appelle la conjugaison des efforts entre les autorités,
la population et tous les hommes de bonne volonté décidés à épargner au
pays de nouvelles hostilités. Pour la CENCO, faut-il insister, la
souveraineté nationale et l’intégrité territoriale ne sont pas négociables.
3° Exploitation des ressources naturelles au désavantage du
peuple congolais
11. Au lieu de contribuer au développement de notre pays et profiter à
notre peuple, les minerais, le pétrole et la forêt sont devenus des causes
de notre malheur.
Comment comprendre que nos concitoyens se retrouvent, sans contrepartie
ni dédommagements, dépouillés de leurs terres, par le fait des superficies
concédées ou vendues à tel ou tel exploitant minier ou forestier? Est-il
admissible que des travailleurs congolais soient traités ici et là sans
égard pour leurs droits et leur dignité humaine ?
La CENCO s’engage, à travers ses structures, à suivre avec une attention
particulière le processus de « révisitation » des contrats miniers et
forestiers afin qu’il se fasse dans la plus grande transparence au profit
du peuple congolais. Car la bonne gestion des ressources nationales sera
un facteur déterminant pour la renaissance de la RDC. La CENCO créera en
son sein une Commission épiscopale ad hoc chargée de suivre la
question de l’exploitation des ressources naturelles et exiger le respect
des droits humains par les compagnies oeuvrant dans ce secteur.
4° Heure des investisseurs
congolais
12. Au moment où les pays étrangers, les institutions internationales, les
multinationales, les organisations non gouvernementales de développement
(ONGD) et les hommes d’affaires s’intéressent aux richesses du Congo,
qu’attendent les filles et les fils de notre pays pour investir chez
nous ? Aucun pays au monde ne s’est développé uniquement avec l’aide
extérieure. C’est par un dur labeur et une gestion transparente
doublée d’une grande volonté de toute une nation que le vrai développement
sera possible. L’heure des investisseurs congolais a sonné ! L’aide
extérieure est certes nécessaire, mais elle ne sera qu’un appui. Il
revient aux Congolais d’avoir le souci d’investir les premiers dans leur
propre pays, lorsqu’ils en ont les moyens. Il faut abandonner le
détournement du denier public,
éviter la corruption et la vénalité dans la passation des marchés,
se mettre au travail pour créer la richesse du Congo et ainsi ne pas se
laisser classer parmi les pays les plus corrompus, les plus endettés et
les plus pauvres du monde. Aide-toi, le ciel t’aidera !
5° Assassinats de journalistes et d’autres
citoyens
- C’est tuer une démocratie que de museler
la presse et de mettre un terme à la vie de ceux et celles qui veulent
informer et former la population sur la marche de la nation. La vie
humaine est sacrée ; nous condamnons dès lors tout acte de violence
et exigeons des enquêtes sérieuses pour identifier les vrais
commanditaires de ces meurtres et que justice équitable soit rendue.
6° Grandes souffrances de la jeunesse
et des marginalisés
14. Les Congolais n’oublieront pas que les guerres récentes ont été menées
par une incorporation massive des mineurs dans les milices. Aujourd’hui
encore, d’autres jeunes ne vont plus à l’école à cause d’une paupérisation
généralisée et une misère grandissante. Ils s’engagent alors dans des
activités qui sacrifient leur santé et leur dignité. D’aucuns, même avec
un diplôme d’université, sont simplement au chômage. L’emploi a été
déclaré une des priorités du nouveau Gouvernement. Il est urgent de créer
les conditions de mettre les Congolais au travail productif et digne.
Nous plaidons pour que soient pris en charge les marginalisés,
notamment les enfants de la rue et les enfants dits sorciers, qui risquent
de constituer une bombe à retardement si la société les oublie
aujourd’hui. La conjoncture actuelle ne fait qu’accroître leur nombre.
Plus que jamais nous demandons à l’Etat de prendre en charge les
différents marginalisés de notre société. Car une société qui néglige ses
membres les plus faibles est moribonde. S’occuper d’eux est une exigence
d’équité et de justice
7° Dégradation des infrastructures et insalubrité
publique
- Des territoires entiers de notre pays sont
enclavés. Les explorateurs et les colonisateurs avaient déjà bien compris
que, sans infrastructures routières, fluviales et ferroviaires viables, le
Congo ne valait pas un seul sou. Aujourd’hui les routes sont délabrées,
malgré des efforts louables de réhabilitation. Beaucoup de voies ferrées
et fluviales ne sont plus praticables. Plus encore, nos villes sont
devenues insalubres. De nombreuses familles vivent à côté de dépotoirs. Il
est temps, si le pays veut avancer, que les grands travaux de
reconstruction et d’assainissement de notre milieu de vie soient
effectivement entrepris.
8° Budget de l’Etat 2007
16. Le budget 2007 adopté est vraiment modique par rapport aux grandes
réalisations annoncées et promises. Les recettes de notre pays étant
encore limitées, le budget actuel serait élaboré pour répondre aux
conditions posées par les institutions financières internationales en vue
de bénéficier de leur soutien ! Encore une fois, c’est la mauvaise gestion
des dirigeants du pays depuis les dernières décennies, qui a conduit à
cette situation humiliante et ridicule pour un grand pays comme le nôtre.
Faut-il que le peuple attende encore longtemps avant que ses conditions de
vie ne commencent à s’améliorer ?
Nous encourageons le Gouvernement de la 3e République à
appliquer réellement et avec détermination son « contrat de gouvernance »,
afin que notre pays retrouve la prospérité et sa fierté sur l’échiquier
international.
IV. CONDITIONS DU DECOLLAGE NATIONAL
1° Des exigences éthiques avant tout
17. « A vin nouveau, outres neuves » (Mc 2,22). Nous ne le dirons
jamais assez : sans exigences morales et spirituelles, nos
ressources naturelles et toute la technicité du monde ne peuvent rien
apporter pour l’avènement d’un Congo nouveau. Nous sommes convaincus que
l’avènement des gouvernants élus ne peut à lui seul entraîner
automatiquement le changement tant souhaité et attendu par notre peuple.
Nous croyons que seule la conversion des cœurs nous aidera tous à édifier
une société juste et fraternelle [5].
Ce changement de mentalité, travail de longue haleine, passe par une
bonne éducation aux valeurs en famille, à l’école, dans les médias et
dans un environnement moralement sain.
2° Une décentralisation bien réfléchie
18. Nous sommes heureux que l’Assemblée nationale commence à examiner la
loi organique sur les entités décentralisées. Pour
la CENCO, la décentralisation pourra permettre le développement local et
obliger les autorités à être plus responsables de leur gestion auprès de
la population, dans les limites de leurs compétences constitutionnelles
respectives. Les élections locales et communales joueront un rôle
capital pour une gestion de proximité. La démocratie à la base
deviendra ainsi une réalité. Cependant, la création de nouvelles
provinces et des entités territoriales décentralisées devra être
minutieusement étudiée pour éviter de multiplier des structures
inefficaces, improductives et inutilement coûteuses.
3° Une indépendance à reconquérir
- L’impuissance des Etats africains à
s’assumer après l’indépendance politique ne peut que conduire au
néocolonialisme, destiné à contrôler leur pouvoir, à exploiter les
ressources naturelles et à récupérer l’argent investi dans différentes
causes. Par ailleurs, les fils et filles de notre pays ne doivent pas
prendre le relais de la coupe en règle systématique et illégale des
ressources minières, forestières, fluviales et lacustres. Restons
vigilants comme les pères de notre indépendance dotés d’un nationalisme
qui a pu sauvegarder les intérêts du pays.
4° Un développement solidaire
20. Nous rappelons la nécessité d’un développement intégral et solidaire,
dans le respect total de l’identité de notre peuple avec ses
caractéristiques historiques et culturelles. Il est indispensable, comme
le souhaitait le Pape Paul VI dans « Populorum progressio », de reconnaître à chaque peuple le
même droit à « s’asseoir à la table du festin » au lieu d’être comme
Lazare qui gisait à la porte, tandis que « les chiens venaient lécher ses
ulcères » (Lc 16,21) [6].
Nous en appelons à un grand sens de la solidarité nationale. Et que le
revenu national profite effectivement à tous les fils et filles de ce
pays.
5° Une mise en place rapide du Conseil économique et
social
- En vue de rappeler à tous les Congolais
et Congolaises la tâche importante du développement de la RDC au grand
profit du peuple, il est urgent qu’on s’attelle à mettre sur pied la
nouvelle structure du Conseil économique et social prévue par la
Constitution (art. 208). L’Eglise participera aux activités de ce Conseil
pour apporter sa contribution spécifique au développement du pays et au
bien-être du peuple congolais[7].
V. DE NOUVEAUX APPELS A TOUS
Aux dirigeants
22.
� Nous encourageons le Gouvernement
de la 3e République à poursuivre les efforts amorcés en vue de
la reconstruction de notre pays. Nous invitons nos dirigeants au
courage politique et à ne pas avoir peur devant les dossiers dits
sensibles (contrats léonins, bradage du patrimoine national, détournements
des biens publics, assassinats, atteinte à l’intégrité territoriale et à
la souveraineté nationale).
� Nous leur demandons la publication des
résultats des enquêtes sur le massacre au Bas-Congo, le conflit frontalier
au territoire de Kahemba et l’incendie à Mbandaka. Le peuple voudrait
savoir ce qui s’est réellement passé.
� Nous recommandons par ailleurs à notre Etat
de renforcer la surveillance des frontières nationales et celle de
l’espace aérien, de reboiser avec promptitude les espaces dévastés par
l’exploitation forestière.
- Au sujet de l’Armée nationale, nous
réaffirmons avec insistance l’urgence d’une vraie armée républicaine.
A ce propos, nous estimons qu’il est impérieux d’organiser les états
généraux de l’armée, tant souhaités depuis quinze ans. Ainsi sera
préparée la mise sur pied d’une nouvelle armée capable de répondre à sa
mission de défendre et de sauvegarder l’intégrité du territoire national[8]. Pour que la
population soit fière de son armée, celle-ci ne doit pas être auteur ou
complice des violations des droits humains. Le délogement des militaires à
Kinshasa nous incite à demander avec insistance que les casernes soient
reconstruites pour un logement décent des soldats et en des lieux
appropriés. L’Eglise assurera quant à elle l’encadrement spirituel et
moral de notre armée à travers les aumôneries militaires.
Aux exploitants miniers et forestiers
�
Nous recommandons aux nouveaux dirigeants de
mettre de l’ordre dans le secteur minier et forestier. Les
richesses de notre pays doivent profiter en premier lieu à notre peuple[9].
�
Il est demandé aux exploitants de respecter
les conditions contractuelles et salariales favorables pour les
travailleurs et la population congolaise, de prendre en considération
toutes les exigences écologiques qui s’imposent.
� Nous invitons les différents
investisseurs dans ce secteur à créer sur place des industries de
transformation des produits bruts.
Au peuple
24. Nous disons non à la mentalité d’assistés perpétuels. Nous en
appelons à un peuple fier, digne et capable de prendre en charge
son destin pour son développement, comme nous n’avons cessé de le
répéter : « Tous les Congolais et Congolaises doivent pleinement
assumer leur part de responsabilité pour l’avènement d’un Congo nouveau.
Nous devons savoir que le développement de notre pays dépend avant tout de
nous-mêmes »[10].
La manne ne tombera pas du ciel, ni de l’étranger. C’est par « la sueur de
nos fronts », par « le dur labeur » que nous bâtirons un pays plus beau
qu’avant et nous léguerons à la postérité un Congo où il fait bon vivre.
Il nous faut une culture du travail bien fait, sain et persévérant,
et bannir la loi du moindre effort, la mendicité et l’oisiveté qui
s’installent de plus en plus dans la mentalité. La rigueur intellectuelle,
l’amour du travail manuel, le paiement des impôts, l’esprit d’ordre et de
discipline, le sens de la propreté, le respect et la protection du bien
commun, sont autant de vertus qui contribuent à l’excellence et à la
prospérité d’une nation. En effet, le travail est une obligation, un
devoir de l’homme [11].
Plutôt qu’une corvée ou une contrainte, le travail ennoblit l’homme et
l’aide à s’accomplir, pour un mieux-être et un bonheur véritable.
A la communauté internationale
- Nous rappelons les exigences d’un
développement solidaire sur le plan international. Nous réaffirmons à ce
sujet la position fort claire du Pape Benoît XVI, qui demande aux huit
pays les plus industrialisés du monde (G8), « de mettre en place des
procédures pour une annulation rapide, entière et inconditionnelle de la
dette extérieure des pays les plus lourdement endettés et des pays les
moins développés (…), à prendre des mesures afin d’éviter que ces pays ne
retombent dans une situation d’endettement insoutenable ». Le
Pape suggère ensuite d’ « établir et promouvoir de façon fiable et
durable des conditions commerciales favorables incluant un accès large et
inconditionnel aux marchés ». Enfin, il invite la communauté
internationale à poursuivre « ses efforts en matière de réduction des
ventes d’armes – légales ou non-, de trafic illégal de matières
précieuses, et de fuite des capitaux en provenance des pays pauvres,
qu’elle s’engage à éliminer les pratiques de blanchiment d’argent ou de
corruption de fonctionnaires dans ces mêmes pays »[12].
Nous remercions les pays qui se sont inscrits dans cette logique en
faveur de notre pays afin de permettre son décollage économique. Nos
dirigeants devront de leur côté veiller à ne pas contracter de nouvelles
dettes qui pénaliseront les générations futures. C’est aussi un
devoir moral de récupérer autant que possible l’argent détourné et logé
dans des banques étrangères. Il n’est pas juste que tout le peuple ait à
rembourser une dette dont ont bénéficié seulement quelques individus.
De même nous attirons l’attention du Gouvernement pour qu’il
n’accepte pas de nouveaux investissements avant la finalisation du
processus de la « révisitation » des contrats miniers en vue de
sauvegarder les intérêts de la nation.
A la Mission des Nations Unies au
Congo (MONUC)
- Nous demandons à la MONUC d’user de son
nouveau mandat obtenu pour assurer une protection effective de la
population. Sinon, le peuple commencera à douter de l’opportunité de sa
présence. Des événements récents signalés ici et là risquent de diminuer
-hélas ! la confiance de la population aux soldats de la paix[13].
CONCLUSION
- La crise de notre pays est avant tout
éthique. Le pays a grandement besoin d’hommes nouveaux et intègres.
Un changement radical dans les comportements personnels, sociaux et
politiques pourra apporter une nouvelle manière de gérer la République. Le
Congo nouveau sera fondé sur les valeurs républicaines, les valeurs
morales de la vie sociale et les valeurs évangéliques[14]. L’homme est une
totalité. Aucun aspect de sa vie matérielle, sociale, politique,
intellectuelle, morale et spirituelle ne peut être négligé. Le Congo ne
disparaîtra jamais si nous le bâtissons sur des valeurs respectueuses de
notre identité nationale.
28. Nous confions l’avenir de notre pays à Dieu pour qu’advienne un Congo
nouveau, paisible et prospère. Que Marie, Notre Dame de l’Espérance, elle
qui a cru aux promesses du Seigneur, nous soutienne dans le combat
pour le changement de mentalité et la promotion des valeurs humaines
authentiques.
Que Dieu bénisse et protège la
République Démocratique du Congo.
Fait à Kinshasa, le 07 juillet 2007
LES EVEQUES MEMBRES DE LA CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE
DU CONGO PRESENTS A LA SESSION ORDINAIRE DE LA
XLIIIe ASSEMBLEE PLENIERE DE
LA CENCO
01. S.E. Mgr MONSENGWO Laurent, Archevêque de
Kisangani, Président de la CENCO
02. S.E. Mgr TSHIBANGU Tharcisse,
Evêque de Mbuji-Mayi,
Vice-Président de
la CENCO
03. S.E. Mgr SONGASONGA Floribert, Archevêque
de Lubumbashi
04. S.E. Mgr KUMUONDALA Joseph, Archevêque de
Mbandaka-Bikoro
05. S.E. Mgr MAROY François-Xavier, Archevêque
de Bukavu
06. S.E. Mgr MADILA Marcel,
Archevêque de Kananga
07. S.E. Mgr MUKENGE Godefroy,
Archevêque émérite de Kananga,
Directeur National des OPM
08. S.E. Mgr BOLANGI Joseph,
Evêque de Budjala
09. S.E. Mgr NGABU Faustin,
Evêque de Goma
10. S.E. Mgr NKINGA Louis,
Evêque de Lisala, Administrateur
Apostolique de Molegbe
11. S.E. Mgr MAEMBA Ferdinand, Evêque de
Lolo
12. S.E. Mgr MUNUNU Edouard, Evêque
de Kikwit
13. S.E. Mgr KEMBO Gabriel,
Evêque de Matadi
14. S.E. Mgr MULUMBA Gérard,
Evêque de Mweka
15. S.E. Mgr NGOY Nestor,
Evêque de Kolwezi
16. S.E. Mgr Jean-Anatole KALALA, Evêque de Kamina
17. S.E. Mgr NKIERE Philippe,
Evêque d’Inongo
18. S.E. Mgr TAFUNGA Jean-Pierre, Evêque d’Uvira
19. S.E. Mgr MOKOBE Joseph, Evêque
de Basankusu
20. S.E. Mgr DOMBA Richard,
Evêque de Dungu-Doruma, Administrateur Apostolique de Bondo
21. S.E. Mgr NSIELELE Fidèle,
Evêque de Kisantu
22. S.E. Mgr MASENGO Valentin, Evêque
de Kabinda
23. S.E. Mgr KABOY Théophile,
Evêque de Kasongo
24. S.E. Mgr NZALA Louis,
Evêque de Popokabaka, Administrateur Apostolique d’Idiofa
25. S.E. Mgr KATAKA Janvier,
Evêque de Wamba
26. S.E. Mgr MBUKA Cyprien,
Evêque de Boma
27. S.E. Mgr DJOMO Nicolas,
Evêque de Tshumbe
28. S.E. Mgr MUDISO Gaspard,
Evêque de Kenge
29. S.E. Mgr LUKUMWENA Stanislas,
Evêque de Kole
30. S.E. Mgr KASANDA Léonard,
Evêque de Luiza
31. S.E. Mgr SIKULI Melchisédech,
Evêque de Butembo-Beni
32. S.E. Mgr LEMBI Camille,
Evêque d’Isangi
33. S.E. Mgr UTEMBI Marcel,
Evêque de Mahagi-Nioka
34. S.E. Mgr ANDAVO Julien,
Evêque d’Isiro-Niangara
35. S.E. Mgr RUVEZI Gaston, Evêque de
Sakania-Kipushi
36. S.E. Mgr AMBONGO Fridolin,
Evêque de Bokungu-Ikela
37. S.E. Mgr KWANGA Vincent de Paul,
Evêque de Manono
38. S.E. Mgr URINGI Dieudonné,
Evêque de Bunia
39. S.E. Mgr MUTEBA Fulgence,
Evêque d’ Kilwa-Kasenga
40. S.E. Mgr TSHITOKO Pierre-Célestin,
Evêque de Luebo
41. S.E. Mgr NGOY Oscar,
Evêque de Kongolo
42. S.E. Mgr TEMBO Philibert,
Evêque Coadjuteur de Budjala
43. S.E. Mgr NGUMBI Willy,
Evêque nommé de Kindu
44. S.E. Mgr NLANDU Daniel,
Administrateur Apostolique de Kinshasa
45. S.E. Mgr KASANDA Bernard,
Evêque Auxiliaire de Mbuji-Mayi
46. S.E. Mgr KISONGA Edouard,
Evêque Auxiliaire de Kinshasa
47. S.E. Mgr BULAMATARI Dominique, Evêque Auxiliaire de
Kinshasa
[1] Cf. CENCO, « La vérité
vous rendra libres » (Jn 8, 32). Le verdict des urnes dans la
transparence, Kinshasa, Editions du Secrétariat général de la
CENCO, 2006, n.5.
[2] Cf. CENCO, « Avance
en eau profonde » (Lc 5,4). La foi dans l’avenir du Congo,
Kinshasa, Editions du Secrétariat général de la CENCO, 2007,
n.2.5.6.10.14.
[3] Cf. Que notre
espoir ne soit jamais déçu (cf. Ps 70,1), Message de l’Assemblée
des Evêques de la province Ecclésiastique de Lubumbashi (AEPEL) aux
nouveaux dirigeants, au peuple de Dieu et aux personnes de bonne
volonté, du 03 mars 2007 ; Après les élections, où en sommes-nous ?
Message de l’Assemblée Episcopale Provinciale de Bukavu aux fidèles et
aux hommes de bonne volonté, du 01 juin 2007 ; Qu’as-tu fait de
ton frère ? (Gn 4,10), Exhortation pastorale des Evêques et
Vicaires Généraux de la Province du Bas-Congo, du 20 février 2007.
[4] Cf. CENCO, Avance en
eau profonde, n. 7.
[5] Cf. Avance en eau
profonde, n.10.
[6] Cf. Paul VI, Encyclique
Populorum progressio, n.47.
[7] Cf. Avance en eau
profonde, n.19.
[8] Cf. CENCO, Mgr
MONSENGWO L, Mémo à Son Excellence M. Joseph Kabila Kabange,
Président de la République Démocratique du Congo du 27 mars 2007, n.4.
[9] Cf. Que notre espoir
ne soit
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