« ARRETEZ CETTE GUERRE »
DECLARATION DE LA CENCO SUR LA SITUATION DE
L’EST DU PAYS
1.La situation de guerre qui prévaut à l’Est
de la RD Congo préoccupe au plus haut point la Conférence épiscopale
nationale du Congo (CENCO). Comme dans toute guerre, cette guerre apporte
hélas ! son cortège de souffrance : perte d’innombrables vies humaines,
tueries aveugles, viols massifs de femmes, pillage des biens, déplacements
des populations fuyant les combats, misère intolérable, scènes de
vengeance, insécurité sans cesse croissante… Notre peuple n’a-t-il pas
assez souffert, pour qu’on lui impose un surcroît d’épreuves ?
2. Peinée par cette situation dramatique que
connaissent les populations meurtries de l’Est du pays, la CENCO a dépêché
au mois d’octobre dernier, une délégation de ses services pour une
évaluation de la situation réelle et pour apporter une aide humanitaire
d’urgence.
3. Si aujourd’hui la CENCO intervient encore,
c’est pour, d’une part, dénoncer avec force tous les crimes innommables
commis sur de paisibles citoyens et d’autre part, appeler à une relecture
de la situation, eu égard au drame que vivent les populations. Par
ailleurs, il est urgent d’identifier les vrais protagonistes et les causes
réelles de ce cycle de violence dans la Région. Enfin, il faut que soient
interpellés les décideurs politiques, la communauté internationale et les
multinationales, en vue d’une réponse adéquate et capable de ramener une
paix durable dans la Région de l’Est de la RD Congo.
4. Comme on le sait, cette catastrophe à l’Est
est le résultat d’une situation politique complexe dans la Région, avec
des conséquences socio-économiques exigeant une solidarité accrue. C’est
dans ce sens que la CENCO apprécie la convocation de la conférence sur la
paix et la sécurité au Kivu. Elle l’apprécie d’autant plus qu’à l’heure
actuelle la situation à l’Est risquait d’être une situation mal maîtrisée,
qui échappe à tout le monde. Mais la CENCO sait que le succès d’une
telle conférence dépend de l’esprit de dialogue dans la transparence et la
vérité, de la détermination, et de la sincérité des conférenciers. Rien ne
se fera tant que la conférence n’abordera pas les questions de fond
et ce dans toutes leurs dimensions : humanitaires, foncières,
historiques, économiques, politiques, éthiques, juridiques.
5. Sans minimiser les autres aspects de la
crise à l’Est, la CENCO affirme qu’un problème politique se résout par un
dialogue sincère et respectueux du droit national et international,
notamment les droits des Etats, des groupes humains, des individus. Il
faudra travailler à ce qu’il y ait dans la sous-région des Etats qui
respectent ces droits au plan national et international. Toute autre
solution qui ferait abstraction de ces questions fondamentales risque
d’être un coup d’épée dans l’eau.
6. La CENCO saisit l’occasion pour rappeler
que le principe de l’intégrité territoriale et de
l’intangibilité des frontières doit être respecté. Ce qui confirme
l’urgence de la formation d’une armée vraiment républicaine, qui
soit capable de répondre à sa mission de défendre et de sauvegarder
l’intégrité du territoire national.
7. La CENCO invite la communauté
internationale, pendant qu’il est encore temps, à conjuguer les efforts
pour résoudre la crise à l’Est du Congo, si l’on ne veut pas compromettre
les espoirs de paix et de stabilité dans la sous-région. La RD Congo a
besoin aujourd’hui d’ouvrir les grands chantiers de sa reconstruction, de
son développement et de la consolidation de sa jeune démocratie.
9. Puisse l’Emmanuel, Dieu avec nous, nous
ouvrir à la grande Espérance qui, seule, peut nous mobiliser à affronter
notre présent et à préparer un avenir de paix, de justice et de bonheur.
Fait à Kinshasa, le 22 décembre 2007
+ L. MONSENGWO PASINYA
Archevêque élu de Kinshasa
Administrateur diocésain de Kisangani
Président de la CENCO