Conférence Episcopale Nationale  du Congo



Homélie du cinquième dimanche du temps ordinaire

Première lecture  : Job 7,1...7
Deuxième lecture  : Cor. 9,16...23
Évangile : Marc 1, 29-39.

Quelle attitude chrétienne face aux succès ?

Autour de nous, nous voyons des personnes qui réussissent ce qu’elles entreprennent. Cela, que ce soit dans le commerce, la politique, les études, le mariage, la vie consacrée, l’éducation des enfants, etc. Dans ces succès plus ou moins éclatants, ces personnes affichent plusieurs attitudes variées : il y en a qui se vantent de leurs exploits, d’autres se laissent acclamées et couronnées d’honneurs, d’autres encore choisissent la discrétion, le silence, etc. Nous sommes peut-être nous aussi parmi des personnes qui ont quelques succès leurs activités. Mais, comme chrétiens, nous ne pouvons pas laisser notre foi chrétienne en dehors de notre vie. Dès lors, quelle attitude chrétienne avoir aux moments des succès ? 

Nous ne sommes pas les premiers à nous poser cette question. Beaucoup de personnes avant nous se la sont posée, et d’autres après nous se la poseront. En ce dimanche, Jésus-Christ répond à notre préoccupation à travers l’extrait de l’Évangile selon Saint Marc que nous avons entendu (Mc.1,29-39).

Jésus ne nous bombarde pas avec des théories philosophiques ou théologiques compliquées! Il nous présente tout simplement comment lui-même agissait quand il avait du succès. Et ne nous faisons pas d’illusion! “Du succès”, Jésus en avait réellement. Tenez! Jésus vient de la synagogue de Capharnaüm où il a prêché avec autorité et délivré un possédé d’un esprit impur. Qui est-il, celui-là qui prêche avec tant d’autorité ? se demande-t-on. C’est un premier succès auprès de ses concitoyens. Avec Jean et Jacques, il va chez Simon et André et guérit la belle-mère de Simon que la fièvre clouait au lit. Un deuxième succès, cette fois-ci auprès de ses apôtres. Le soir, on lui amène d’autres malades et des possédés par des esprits mauvais, il guérit toutes sortes de malades et chasse des mauvais esprits. C’est le succès total du ministère de Jésus qui, selon l’évangéliste Saint Marc, n’est pourtant que dans ses débuts! 

Le lendemain matin, tout le monde le cherche. Simon et ses compagnons participent aussi à la recherche : il faut trouver Jésus. Mais pourquoi le cherche-t-on ? La raison est évidente! Certainement pour qu’il guérisse encore d’autres, et peut-être pour tenter de le faire roi, comme nous le lisons dans Jean 6, 14-15, après la multiplication des pains! Mais, Jésus le sait, c’est un succès qui pourrait faire gonfler d’orgueil, faire bénéficier des honneurs et cadeaux des hommes, des applaudissements de la foule, faire jeter des fleurs sur “l’opéreur des miracles”. Voilà une victoire qui pourrait amoindrir la signification du message du Christ, ternir l’éclat de son action. Et pour éviter cela, Jésus-Christ choisit de se retirer. Il va en retraite pour rester en contact avec le Père, Lui de qui vient tout succès. 

Cette attitude de Jésus, Saint Paul l’a comprise et le conseille aux Corinthiens dans l’extrait que nous avons lu comme deuxième lecture de ce dimanche. Ayant constaté le succès de son activité évangélisatrice, il écrit : « Certes, si je le faisais de moi-même, je recevrais une récompense du Seigneur. Mais, je ne le fais pas de moi-même, je m’acquitte de la charge que Dieu m’a confiée ». Ce que Saint Paul dit dans sa lettre, Jésus l’a montré en acte : il se repose dans le Père, il lui dit Merci dans la prière. 

Mais, plus encore, dans cette prière, Jésus-Christ s’humilie face au Père, demande la volonté du Père. Après la prière, il dit aux apôtres : « allons ailleurs, dans les bourgs voisins, pour que j’y proclame aussi l’Évangile, car c’est pour cela que je suis sorti ». Sachons-le, en cas de succès, la volonté du Père est toujours la même que celle manifestée à Jésus et à Paul : il leur a fallu quitter le lieu du succès, il leur a fallu aller vers le plus grand nombre d’hommes possible. Aussi Jésus quitte-t-il ses concitoyens pour parcourir toute la Galilée. Bientôt il ira vers les pécheurs et les publicains, et vers les païens. Quant à Paul, nous connaissons les nombreux voyages qu’il a effectués pour annoncer l’Évangile.

Terminons avec une anecdote. Un professeur demande à ses élèves : dites-moi, qu’est-ce qui est le plus important entre le soleil et la lune ? Un élève répond : « c’est la lune parce qu’elle nous éclaire pendant la nuit, quand nous avons besoin de lumière. Le soleil, lui, vient le jour quand il y a déjà de la lumière ». Avons-nous remarqué l’erreur qu’il y a chez cet élève ? Pour lui, la lumière du jour est une évidence qu’on aurait, même sans le soleil. Pourtant, sans soleil, il n’y a pas de jour! La réussite de nos entreprises peut nous paraître aussi comme une évidence qui n’a rien à voir avec Dieu qui, pourtant, en est bien la source, le moteur et qui, par conséquent, devrait être loué et glorifié. 

En cas de succès, quelle stratégie chrétienne mettre en oeuvre pour ne pas dévaluer la signification du message de l’Évangile que ? Reprendre contact avec le Père pour le louer et chercher sa Sainte volonté.  Pourquoi recevrais-je une récompense pour avoir annoncé l’Évangile ? se demande Paul. « Si je le faisais de moi-même, j’aurais droit à un salaire ; mais si j’y suis contraint, c’est une charge qui m’est confiée. Quel est donc mon salaire ? C’est d’offrir gratuitement l’Évangile que j’annonce, sans user des droits que cet Évangile me confère. Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous afin d’en gagner le plus grand nombre » (1Cor.9, 17-19).

JJ. Luzitu, sj.

 

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