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- PREAMBULE
I . DES SIGNES QUI NE TROMPENT PAS
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Après les dures années de guerres, de
souffrances, d’instabilité politique et de querelles de légitimité, notre
pays est enfin parvenu à se doter des institutions démocratiques. Le
temps d’espoir est dorénavant là. Acteur et témoin, notre peuple
donne l’impression d’y croire vraiment, non sans toutefois cacher sa peur
d’être déçu.
Un aboutissement heureux de la
Transition politique
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Quoique jalonnée de soubresauts, de
turbulences et aussi hélas de violence, la Transition politique entamée
depuis des années dans notre pays a finalement connu un heureux
aboutissement. En dépit de quelques dérapages, certes déplorables, elle a
été couronnée par la tenue d’élections jugées globalement libres,
transparentes et démocratiques. A travers ces élections, notre peuple a
pu démontrer ses capacités de surmonter les passions politiques et
ethniques, et donc son aptitude à participer activement à la construction
d’un Etat de droit.
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Grâce à l’organisation de ces élections,
nous nous réjouissons d’avoir un Président légitimement élu et
investi, un Parlement réellement issu des urnes, une équipe
gouvernementale et des assemblées provinciales jouissant de la confiance
du peuple. De toute manière, en attendant les élections locales,
que nous espérons devoir se tenir incessamment pour asseoir la démocratie
à la base, le fonctionnement de ces institutions augure des avancées
certaines de la démocratie dans notre pays.
Un peuple dans l’espoir
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Ayant déjà franchi quelques étapes du
processus électoral, certes non sans difficultés, notre peuple manifeste
désormais une certaine foi dans l’avenir. Dans sa majorité, il semble
croire fermement que le processus actuel pourrait le conduire à des
lendemains meilleurs. Nous avouons qu’on a rarement vu un tel enthousiasme
populaire depuis des décennies. Cette lueur d’espoir est un atout dont
les gouvernants ont sans nul doute besoin pour réaliser leur projet de
société. Bien exploitée, elle peut constituer un vecteur de la refondation
de notre pays.
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A cet égard, il nous faut reconnaître
que, dans l’imaginaire collectif, ce moment est un « kairos »,
c’est-à-dire un temps favorable pour le changement tant attendu. C’est
pourquoi, nous estimons qu’il ne faut jamais décevoir cet espoir (Cf. Ps
30, 2).
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Cependant, nous tenons à souligner qu’il
serait illusoire de croire que notre peuple est dupe. La satisfaction de
ses attentes dépend du comportement des dirigeants dans l’accomplissement
de leurs tâches et de la manière dont ils répondront aux aspirations du
peuple, en lui assurant des conditions de vie décentes et en instaurant un
Etat de droit.
Les promesses de lutter contre les
anti-valeurs
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Les discours des nouveaux dirigeants
s’accordent tous sur la nécessité de lutter contre les anti-valeurs qui
caractérisent notre société, notamment la corruption, l’impunité, les
injustices, la violation des droits de l’homme, la mauvaise gestion, etc.
Le goût de l’excellence, le souci de la probité morale, l’amour du
travail bien fait... refont surface dans les vœux et souhaits des hommes
politiques.
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Nous saluons cette option et nous
l’encourageons. Toutefois, il ne faut pas en rester aux bonnes intentions,
aux vœux pieux. Car, une telle option ne peut être crédible que dans la
mesure où elle se traduit en actes et se transforme en un engagement
appuyé par des réalisations concrètes. Le peuple, quant à lui, jugera
ses gouvernants à leurs actes.
L’émergence d’une culture de paix et
de démocratie
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En dépit de quelques zones d’ombre, il y
a de plus en plus des signes de dénégation, sinon de rejet collectif de
toutes formes de violences, d’injustices et d’arbitraire qui gagnent
l’esprit des citoyens congolais. La majorité aspire à la paix, à la
démocratie et au développement. Pour s’en convaincre, Il suffit de mesurer
à quel point drainent un grand monde les campagnes de paix, de
réconciliation, du respect des droits humains et de lutte contre la
discrimination. Cette prolifération de campagnes, auxquelles s’ajoutent
d’innombrables initiatives du même genre, est révélatrice de l’émergence
d’une culture nouvelle fondée sur l’aspiration aux valeurs républicaines.
C’est l’expression de la maturité de notre peuple qui, on peut le croire,
se sent prêt à édifier un Etat de droit.
Le retour annoncé des investisseurs et
la reprise de la coopération bilatérale
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Le retour de la paix et l’avènement d’un
nouvel ordre politique s’accompagnent de la promesse du retour des
investisseurs ainsi que de la reprise de la coopération bilatérale. Ce
sont là des signes qui augurent une possible relance économique.
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Toutefois, pareils signes ne doivent pas
être trompeurs. Il ne faut pas que ce retour annoncé se transforme en
cauchemar pour les intérêts du peuple congolais. D’une part, nous estimons
que les investissements économiques massifs doivent profiter d’abord à
notre peuple et ne pas se transformer en vastes pillages de nos ressources
naturelles. D’autre part, la coopération bilatérale doit obéir à des
normes éthiques claires,
sans faux fuyants, dans la plus grande transparence. Qu’il suffise de
rappeler qu’après tant de décennies de gaspillage, de souffrances et de
misère, le peuple congolais n’est plus en mesure de supporter la
néo-colonisation, moins encore de servir d’appât pour l’enrichissement
illicite d’une minorité de congolais et de quelques étrangers jouissant
des faveurs de certaines autorités au pouvoir. Pour nous, le temps de
ne servir que les intérêts étrangers est définitivement révolu.
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Soulignons toutefois que, même s’ils ne
suffisent pas pour redonner l’espoir au peuple congolais, ces signes sont
encourageants. Ils augurent, sans doute, un avenir plus radieux pour notre
peuple. Cependant, nous ne pouvons pas passer sous silence certaines
réalités inquiétantes. Elles nous poussent à tirer la sonnette d’alarme,
sous peine de voir la situation de notre pays se dégrader de nouveau à
grande vitesse. Forts de notre mission prophétique, nous les stigmatisons,
dans l’espoir que l’élan et l’enthousiasme suscités au sein du peuple
depuis la tenue des élections ne puissent s’évanouir prématurément.
II. PROBLEMES PREOCCUPANTS
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En même temps que nous nous réjouissons
de signes d’espoir ci haut esquissés, nous constatons avec amertume que
l’enthousiasme suscité au sein de notre peuple par l’organisation des
élections et l’instauration des institutions démocratiques s’avère de plus
en plus éphémère, en tout cas fragile. La persistance de certaines
pratiques de la deuxième République tant décriées, l’écart entre les
promesses électorales et les actes ainsi qu’une certaine léthargie dans
les solutions à apporter aux problèmes urgents nous font croire de plus en
plus que si on n’y prend garde, on risque de retomber dans les pièges du
passé et ainsi d’hypothéquer de nouveau l’avenir de la démocratie dans
notre pays.
Halte à la corruption
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A la suite de tant d’autres compatriotes,
nous dénonçons les arrangements occultes et la corruption qui ont
caractérisé l’élection, par les députés provinciaux, des sénateurs et des
gouverneurs de provinces.
En plus de déformer le système démocratique,
ces attitudes jettent un doute sur la volonté politique tant exaltée
pendant la campagne électorale et nous rendent de plus en plus sceptiques
sur la sincérité des nouveaux dirigeants.
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En outre, ces attitudes disqualifient
les députés provinciaux et trahissent la confiance que les électeurs ont
placée en eux. Nous disons halte à ces manœuvres qui n’honorent
point notre peuple et risquent d’instaurer une démocratie de camouflage
dont on n’a nullement besoin. En somme, c’est un recul de nature à
nourrir une grave suspicion dans l’esprit de notre peuple. En effet, le
peuple est de plus en plus porté à croire que la politique est synonyme de
mensonge. Et pourtant, elle est par essence un art noble, au service du
bien commun. Nous rappelons que quand elle prend distance par rapport aux
valeurs morales, la politique peut devenir un danger pour la cité ;
car « il revient à ceux qui exercent la charge de l’autorité d’affermir
les valeurs qui attirent la confiance des membres du groupe et les
incitent à se mettre au service de leurs semblables ».
Triomphalisme de la majorité et
léthargie de l’opposition
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Il est évident qu’une plate forme
majoritaire règne dans notre pays. C’est normal dans une démocratie. Mais
la majorité n’est telle que par le plébiscite électoral qu’il convient de
ne pas confondre avec une exaltation démesurée de la victoire électorale.
Nous constatons avec regret que la plate forme politique aujourd’hui
majoritaire manifeste un certain triomphalisme qui tend à faire oublier
l’essentiel, à savoir le service du peuple à travers la recherche du bien
commun. Les fastes qui suivent la nomination d’un tel à tel poste en
témoignent. Nous dénonçons cette attitude étouffant l’opposition et qui
est loin de servir la cause de la réconciliation que tout le monde
souhaite de tous ses vœux. La modestie et l’humilité ne sont pas des
vertus étrangères au monde politique.
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Par ailleurs, la léthargie de
l’Opposition politique nous inquiète tout autant. Nous avons l’impression
que cette Opposition prolonge inutilement son deuil électoral, de telle
manière qu’elle semble absente du débat démocratique déjà amorcé. Nous
l’exhortons à s’organiser rapidement à tous les niveaux, pour constituer
cette alternative politique que le peuple attend qu’elle devienne.
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Aux uns et aux autres, nous demandons de
bien jouer le rôle qui est le leur, en respectant les règles de jeu de la
démocratie. Un équilibre de pouvoir est indispensable pour le progrès de
notre pays. On ne saurait attendre trop longtemps pour relever le défi
démocratique qui s’impose à nous.
La paix et la sécurité ne sont pas
des faits banals
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Les conflits armés des dernières années
nous ont fait comprendre que la paix et la sécurité n’ont pas de prix.
Comme l’a dit le Pape Jean-Paul II, la paix est « source première de
l’être, vérité essentielle et bien suprême »,
dont aucun peuple ne peut vouloir se priver. Or chez-nous, la paix, tout
comme la sécurité, semble de plus en plus négligée. Paix et sécurisation
des citoyens tendent à être considérées comme des faits banals.
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Certaines réalités l’attestent. Le
brassage de l’armée a du plomb dans l’aile. Si le désarmement a connu une
certaine accélération pendant un temps, dans certaines parties de la
République, les ex-combattants démobilisés ne jouissent d’aucune forme
d’encadrement efficace. D’autres sont carrément abandonnés à leur triste
sort, au détriment de la sécurité des populations civiles. Certains foyers
de tensions, surtout à l’est du pays, fourmillent encore de milices qui
sèment terreur et confusion. Dans nos villes et villages, les
tracasseries des forces dites de l’ordre et surtout des éléments armés non
brassés sont de plus en plus le lot du quotidien. Autant de signes qui
démontrent que la paix et la sécurité du peuple semblent très peu
préoccuper les hommes et femmes qui sont au pouvoir.
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Loin d’être des faits banals, la paix et
la sécurité sont des impératifs pour le bien-être, le développement et la
démocratie. Elles relèvent de la responsabilité de l’Etat.
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Nous demandons aux autorités du pays de
prendre leurs responsabilités en sécurisant notre population à l’échelle
de tout le territoire national.
III. DEFIS DANS LA PROVINCE DU KATANGA
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De par son potentiel économique, sa
démographie, sa position géostratégique et son histoire, le Katanga, notre
province, occupe une place de choix en République Démocratique du Congo.
Hier poumon de l’économie nationale, le Katanga est aujourd’hui miné par
d’innombrables problèmes sociaux et économiques, à l’instar d’autres
provinces de la RDC. Au seuil de la troisième République, il nous revient,
en tant que Pasteurs, d’en indiquer quelques-uns qui pourraient retenir
l’attention des nouveaux dirigeants.
Assainir le secteur minier
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Les minerais font partie des richesses
naturelles dont Dieu, dans sa bonté ineffable, a doté notre pays. Grâce
aux minerais, le sud de notre province dispose d’infrastructures sociales
remarquables qui, aujourd’hui, connaissent un délabrement lamentable à
cause de la situation dramatique que nous connaissons tous. Toutefois, au
lieu de contribuer au bien commun, cette richesse tend à devenir, hélas,
une source de beaucoup de maux pour le peuple katangais.
- Enjeux miniers
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Le secteur minier dans notre province est
entouré d’un flou dont nous sommes tous témoins. Depuis quelques années,
nous observons un afflux d’investisseurs étrangers. Des carrières et des
chantiers d’exploitation prolifèrent. Des usines de traitement de mines,
dont certaines sont placées en pleins quartiers de forte concentration
démographique, poussent comme des champignons. Le réseau routier, quant à
lui, est fort sollicité par des engins lourds qui sillonnent jours et
nuits, en causant les dommages que l’on peut imaginer.
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A certains endroits, on procède à la
délocalisation forcée de paisibles citoyens, en vue d’exploiter les
minerais enfouis dans le sol. Cette délocalisation se fait souvent avec
brutalité, moyennant une minable contrepartie financière qui ne vaut même
pas un mois d’un salaire minimum. Témoins de ce genre d’événements
tragiques, nous nous demandons quelle est la valeur morale d’un Code
minier et d’un Cadastre minier qui sacrifient le bien commun de
la population et abandonnent des populations entières à la merci des
investisseurs miniers étrangers peu scrupuleux.
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Nous constatons aussi que les congolais
qui sont embauchés dans les sociétés minières sont victimes d’un
traitement qui n’est ni respectueux de leur dignité d’hommes, ni de la
législation congolaise en matière de travail. Beaucoup ne disposent même
pas d’un contrat de travail. Alors que leurs collègues expatriés jouissent
de salaires faramineux, à eux on impose le statut de journaliers pendant
de longues périodes.
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Quant au nombre de creuseurs artisanaux,
il ne cesse d’augmenter. Le seul Katanga en compte près de 70.000. On
assiste régulièrement à leurs affrontements avec des investisseurs miniers
qui envahissent des concessions en brandissant des documents octroyés par
le Gouvernement central. En outre, ils consacrent beaucoup d’énergies dans
des conditions très risquées pour un petit rien. Ils sont surexploités par
de petits négociants et par de nombreuses personnes occultes oeuvrant dans
les milieux de la sécurité. Bien souvent, avouons-le, ces creuseurs sont
aussi à la base de beaucoup d’insécurité.
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En outre, l’exploitation minière entraîne
la dégradation écologique. Il suffit, pour s’en convaincre, de
constater à quel point des villes comme Likasi, par exemple, ont atteint
un degré de pollution fort avancée et dont on constate visiblement les
effets nocifs sur la vie de la population et sur notre environnement. Sur
ce point, nous nous demandons aussi dans quelle mesure la présence de
l’uranium dans une partie de notre province pourrait épargner la
composition chimique des autres minerais (cuivre et cobalt) exploités dans
les zones environnant Shinkolobwe. Nous dénonçons le mutisme qui
entoure cette question d’écologie dans notre province et invitons les
nouveaux dirigeants à prendre leurs responsabilités en cette matière.
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Par ailleurs, les termes de contrats
signés entre les gouvernants et les investisseurs demeurent inconnus de la
majorité de notre peuple. A la lumière du rapport du Pannel de l’ONU, du
rapport parlementaire de la Commission LUTUNDULA et de beaucoup d’autres
études, plusieurs personnes pensent que la plupart de ces contrats, sinon
tous, sont léonins. De fait, nous ne sentons pas que l’Etat congolais en
tire un grand profit. En tout cas, le peuple n’en bénéficie pas. Les
retombées économiques et sociales de l’exploitation minière au Katanga
nous semblent presque inexistantes. Un fait étrange nous bouleverse : plus
les investisseurs miniers envahissent le Katanga, plus la pauvreté, le
chômage et les problèmes sociaux augmentent.
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En outre, le nombre de compagnies
minières dans notre province est sensé augmenter les recettes de l’Etat.
Mais, au Katanga, il existe un mystère épais sur les taxes payées par les
investisseurs miniers. Le réseau routier, à la réhabilitation duquel elles
sont entre autres sensées contribuer, souffre d’une tragique vétusté. Si
rien n’est fait pour changer cette situation dramatique, le sud du Katanga
perdra le peu de praticabilité de ses routes.
- Mettre de l’ordre dans le secteur minier
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Pour nous, il est clair que les minerais
ne profitent ni à notre population, ni à notre pays. Alors que les
bénéfices des investisseurs croissent sensiblement, les travailleurs, eux,
s’appauvrissent davantage. Notre économie locale n’en tire apparemment pas
de profit palpable. Le peuple se demande à qui profite finalement
l’exploitation minière au Katanga.
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Nous demandons aux nouveaux dirigeants de
notre province de mettre de l’ordre dans le secteur minier, en sachant que
le Congo n’est ni à vendre, ni à brader, fût-ce au nom des intérêts
d’une minorité occulte. Les richesses de notre province doivent
profiter à notre peuple. Les lois régissant leur exploitation doivent être
claires et les conditions de travail conformes à la dignité humaine.
Il importe, pour cela, que les contrats miniers soient réexaminés par
notre Parlement. Celui-ci veillera à ce que les intérêts de notre pays et
particulièrement ceux des populations locales soient garantis et
respectés.
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Nous saisissons cette occasion pour
manifester publiquement notre indignation par rapport à la menace que les
creuseurs miniers artisanaux font peser sur le lycée Lubusha de Luisha,
dans l’Archidiocèse de Lubumbashi. Nous demandons aux autorités
provinciales de sauver ce joyau touristique, consacré à l’éducation de nos
filles, en éloignant les creuseurs miniers artisanaux et en punissant ceux
qui se cachent derrière eux.
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De même, nous faisons remarquer que les
minerais ne sont pas la seule richesse du Katanga. Il y a aussi le secteur
agricole et celui du tourisme, sans oublier le bois et la pêche, qu’on
tend souvent à occulter indûment. Dans la perspective d’un développement
durable dans notre province, il est urgent que le peuple katangais
poursuive la réflexion sur « un Katanga sans mines ». C’est un devoir et
une responsabilité au sujet desquels nous serons jugés par les générations
à venir. Car, comme a enseigné Vatican II « On peut légitimement penser
que l’avenir est entre les mains de ceux qui auront su donner aux
générations de demain des raisons de vivre et d’espérer ».
Mettre la population à l’abri des
tracasseries
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Comme partout ailleurs au Congo, la
population katangaise est victime des tracasseries et de l’humiliation de
la part des forces de l’ordre. Cette situation que nous condamnons est
observable en villes comme dans les campagnes, surtout dans les
territoires anciennement minés par les conflits armés.
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Après quarante-sept ans d’indépendance,
il est inadmissible que notre peuple continue à vivre sous le joug de
rançonnements, de tracasseries de toutes sortes et de traitements
inhumains. La liberté n’a pas de prix. Il convient que les nouveaux
dirigeants s’y penchent sérieusement pour que notre peuple jouisse de ses
droits à la paix et au bien-être.
Le cauchemar du transport public sur
la voie ferrée
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Le transport public de longue distance
tend à devenir un cauchemar à l’intérieur même du Katanga, et aussi entre
notre province et celles du Kasaï et du Maniema. La Société Nationale des
Chemins de fer du Congo (SNCC) n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ses
trains n’offrent ni confort, ni des conditions de voyage respectueuses de
la dignité des voyageurs. Voyager par train entre Lubumbashi et Dilolo ou
entre Lubumbashi et Kindu prend autant de jours qu’aller d’un continent à
un autre par bateau. On se croirait au Moyen Age. Très souvent, les
trains exposent des vies humaines comme on a pu le constater récemment à
Mokambo où plusieurs personnes ont péri inutilement.
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Par ailleurs, le transport des voyageurs,
tout comme celui des marchandises, préjudicient gravement la clientèle.
Cet état des choses impose un calvaire aux voyageurs et entraîne la
pénurie de denrées alimentaires dans les grandes villes de notre province.
Au nom de la dignité de notre peuple et du respect de la vie humaine,
nous exigeons que l’on arrête le cauchemar du transport public sur la voie
ferrée au Katanga. Nous espérons que les efforts de l’actuel comité de
gestion de la SNCC vont être poursuivis et améliorés.
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Dans le même ordre d’idées, tout en
saluant la politique de réhabilitation des routes initiée par le Président
de la République, nous sommes peinés de voir tant de chantiers
confiés aux mêmes opérateurs économiques qui, malheureusement, n’offrent
pas toujours satisfaction au peuple et ne semblent pas respecter leurs
engagements dans le délai acceptable. Nous demandons que les
travaux de réhabilitation des routes soient confiés à d’autres opérateurs
économiques, capables de faire un travail de qualité, dans un délai
raisonnable.
Cessons de spolier l’Etat congolais
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Une rumeur de plus en plus persistante
fait état de la vente anarchique de biens de l’Etat dans certaines villes
du sud du Katanga. Des maisons appartenant à l’Etat congolais seraient en
train d’être vendues à des vils prix, à une catégorie de personnes bien
identifiées dans notre société. A en croire les personnes généralement
bien informées, cette opération de vente serait l’œuvre d’une maffia bien
connue qui s’octroie des privilèges indus, en dépouillant l’Etat congolais
par la ruse et la malhonnêteté. Nous dénonçons cette manœuvre incivique
et demandons que toutes les maisons de l’Etat ainsi vendues illicitement,
par et aux personnes pourtant sensées défendre les intérêts de la nation,
soient impérativement restituées. Personne n’étant au-dessus de la
loi, que les coupables soient sévèrement châtiés.
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Dans la même logique, nous déplorons le
lotissement anarchique de certains espaces d’intérêt communautaire ou de
nouveaux quartiers ainsi que la corruption qui caractérise le monde
cadastral dans les villes du Katanga. Ces attitudes menacent notre société
et constituent un fléau que nous invitons les nouveaux dirigeants à
combattre sérieusement. Leurs conséquences sur la protection des citoyens
et de l’espace vital s’avèrent déjà néfastes.
Rendre justice au peuple
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Nul n’ignore l’importance que revêt le
pouvoir judiciaire dans une nation. Un pays sans justice est voué au chaos
et à l’anarchie. Or, nous constatons que l’arbitraire caractérise
certaines instances judiciaires dans notre province. Des procès se
monnayent au vu et au su de tout le monde, au point qu’ils sont gagnés par
les plus offrants. Le verdict judiciaire ne reflète pas souvent la vérité
des faits. La justice ressemble de plus en plus à une regrettable parodie
qui n’honore pas notre nation. Certains procès en cours en offrent le
cynique spectacle.
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Pire, dans une ville comme Lubumbashi, on
voit de plus en plus une catégorie de personnes, des congolais ou non, se
hisser au-dessus de la loi. Il s’agit d’une sorte d’intouchables qui
musèlent les appareils judiciaires au moyen de l’argent, au détriment des
plus pauvres. Il importe que les autorités réhabilitent la justice pour
éviter les tensions sociales. L’Ecriture déclare, en effet, « Tu n’auras
ni faveur pour le petit, ni complaisance pour le grand ; c’est avec
justice que tu jugeras ton prochain » (Lv 19, 15).
Pour un dialogue permanent entre le
peuple et ses élus
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Pour la consolidation de la démocratie
dans notre pays, particulièrement dans notre province, il est utile qu’un
dialogue permanent soit instauré entre le peuple et ses élus. Ce dialogue
est une nécessité et un impératif pour deux raisons. D’une part, il
permettra de rapprocher davantage le peuple et ses élus,
dans la poursuite du bien commun. D’autre part, il a l’avantage
d’amener les élus à rendre compte au peuple de leur gestion de la chose
publique et de porter les préoccupations du peuple à la connaissance des
élus. C’est ainsi seulement que l’on peut espérer faire avancer
une démocratie participative.
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Ce dialogue nous semble incontournable.
Il peut opérer des avancées dans la bonne gouvernance et la transparence
dont la gestion de la chose publique a tant besoin dans notre province.
Soigner l’image du pays à Kasumbalesa
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Les postes frontaliers servant de points
d’entrée dans un pays sont, dit-on, le miroir de ce pays. Kasumbalesa
offre, à cet égard, un spectacle de désolation dont le Katanga souffre.
Il y règne un chaos qui cache mal un réseau de corruption qui fait perdre
d’énormes revenus dont notre pays et notre province ont grandement besoin.
La multitude de services de l’Etat qui y ont élu domicile ne fait
qu’allonger et aggraver la souffrance non seulement des opérateurs
économiques et des voyageurs congolais, mais aussi de nos hôtes. Le
contraste est frappant par rapport à l’hospitalité et à la courtoisie des
services de nos voisins zambiens. Les étrangers qui viennent dans notre
province en gardent des souvenirs douloureux, qui reflètent le désordre
qui nous caractérise.
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Par ailleurs, le péage imposé aux usagers
de la route Kasumbalesa n’est pas une mauvaise chose. C’est une mesure
salutaire. Cependant, il est impératif que l’argent perçu serve réellement
à réhabiliter la route et les ponts. L’état actuel de cette route
nationale qui ouvre notre province à l’Afrique australe est déplorable. Il
faut que les gestionnaires honorent leurs engagements et maintiennent
cette route dans un bon état.
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Nous exhortons les nouveaux dirigeants à
user de leurs pouvoirs pour, non seulement désengorger Kasumbalesa, mais
aussi y redorer l’image de notre pays et de notre province.
Conserver à tout prix l’identité
katangaise
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Les réformes amorcées au niveau de notre
pays conduiront le Katanga à opérer certains changements qui s’imposent.
Il s’agit entre autres de la décentralisation et d’un possible découpage
de la province en quatre. Dans cette perspective, Nous, vos Pasteurs,
formons le vœu que quoiqu’il advienne, l’identité katangaise, héritée des
générations antérieures, soit absolument préservée. Nous invitons les
gouvernants et le peuple à sauvegarder cette identité qui fait notre
fierté, et à la défendre à tout prix en veillant à consolider les liens
d’unité qui nous cimentent. Nous souhaiterions par exemple que le nom
« Katanga » apparaisse dans l’appellation de chaque province à créer
(ex.:
Haut Katanga,
Tanganika : Nord Katanga,
Haut Lomami : Katanga Central, Lwalaba : Katanga
Occidental.).
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En outre, l’expérience de la
décentralisation doit être vécue dans le respect des dispositions
constitutionnelles et menée en promouvant les intérêts du peuple
katangais. On doit absolument en respecter les exigences, dans la
transparence et la bonne gestion de la chose publique.
IV. EXHORTATION FINALE
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Forts de l’espoir suscité au sein de
notre peuple par l’aboutissement heureux de la Transition politique dans
notre pays, nous souhaitons ardemment que cet espoir ne soit pas déçu. Il
en va de notre dignité comme peuple. Nous devons tirer les leçons du temps
de l’indépendance pour éviter de plonger notre pays dans les affres du
passé.
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Confiants dans les capacités des nouveaux
dirigeants et de notre peuple à relever les défis de l’heure, nous
confions l’avenir de notre pays et de notre province à la maternité de la
Très Sainte Vierge Marie, notre Dame de l’espérance, afin que notre peuple
connaisse enfin la paix, la démocratie et le développement.
Que Dieu bénisse la République
Démocratique du Congo et le Katanga.
Fait à Lubumbashi, le 03 mars
2007
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