Bien chers frères et
sœurs,
Joyeux Noël 2009 ! Que le
Seigneur notre Dieu vous accorde la paix ; qu’Il vous fasse don de son Amour
miséricordieux et lumineux.
A l’heure où je vous
écris ce message, je me sens habité par des sentiments contradictoires de
douleur (25 nov.) et de joie (25 déc.).
« Le peuple qui marchait
dans la nuit…. ». Dans ce poème, le prophète Isaïe nous décrit les
souffrances de ses compatriotes du territoire de Zabulon et Nephtali,
déportés à Babylone (ce territoire de Zabulon et Nephtali deviendra plus
tard Galilée, terre natale de Jésus- Mt 4,15). L’exil à Babylone est
réellement une plongée dans la nuit : la nuit de l’esclavage, la nuit de
privations et d’humiliation, la nuit de la perte d’identité religieuse,
celle d’être membre du peuple élu de Dieu !
« Le peuple qui marchait
dans la nuit a vu une grande lumière »… Dans le second temps du même poème
est annoncée la libération au cœur même de la nuit : une grande lumière
brille dans l’obscurité.
On pourrait paraphraser
Isaïe par ces paroles : « frères, ne perdez pas espoir ; au cœur même de
votre nuit d’exil, vous n’êtes plus seuls. Le Dieu qui, à travers Moïse, a
fait sortir nos ancêtres de la nuit de l’esclavage d’Egypte est là avec
vous. Comme Il l’avait fait avec Gédéon dans la guerre contre les Madians,
Il vous fera vainqueurs de la servitude. Vos yeux vont s’ouvrir à la lumière
d’un jour nouveau… Le signe que vous donne le Seigneur est celui-ci :
« Un enfant nous est né, un fils nous est donné.
Et l’autorité est sur son épaule » (Is 9, 3-.5). Il est « Emmanuel »,
Dieu-avec-nous (Is 7,19) »
Chers frères et sœurs,
La nuit dont parle Isaïe,
nous la connaissons nous aussi. Et comment ! La date tragique du 25 novembre
2009 est là devant nos yeux : une centaine de nos frères et sœurs noyés dans
le lac, « notre » lac ! A l’Est de notre pays, la guerre se poursuit, avec
toutes ses conséquences néfastes… Que de malades au milieu de nous ! Des
affamés croissent dans nos villes et nos cités ! Nos prisonniers vivent dans
des conditions inhumaines ! Nos chômeurs de plus en plus nombreux et tout
autant de jeunes abandonnés à eux-mêmes, sans éducation, végètent. Dans
cette nuit de misère et d’humiliation, la plupart d’entre nous sont
découragés et désespérées : ils ne croient plus à un avenir autre.
Mais à nous aussi est
annoncée la libération au cœur même de notre réalité ténébreuse. Il nous est
donné l’assurance et la joie que notre nuit est illuminée
par une présence.
En effet, pour nous
chrétiens, la venue du Fils de Dieu parmi nous est la « lumière qui luit
dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas étouffée » (Jn 1, 5) et ne
pourront jamais l’étouffer. Il est cette « lumière véritable qui illumine
tout être humain » (Jn 1,9). C’est cela, chers frères et sœurs, le sens de
la fête de Noël. Le Fils de Dieu s’incarne dans la colonne humaine en
marche. Désormais, tout notre cheminement humain est illuminé par sa
présence et libéré de toute obstruction.
Chers frères et sœurs,
La venue du Fils de Dieu
parmi nous est ainsi le don par excellence de Dieu à notre
humanité et à tout l’univers. Cela exige de chacun et de chacune
de nous une véritable réorientation de toute notre vie au quotidien. Habité
par une présence qui t’illumine de l’intérieur, cesse de t’acharner contre
les ténèbres : ajuste plutôt tes pas dans le sens de la lumière. Cesse de te
tromper et de tromper les autres. Au contraire, par tes paroles et gestes
concrets d’amour, crée autour de toi un espace lumineux. Alors tu
deviendras, toi aussi, lumière sur les pas de tant de frères et sœurs qui
gisent encore dans les ténèbres de la tristesse, de l’isolement et du
désespoir.
Chers frères et sœurs,
Cette année est déclarée
pour toute notre Eglise catholique en RDC une année de « Jubilé d’or » en
souvenir des 50 ans de l’indépendance de notre pays.
Remercions notre Dieu
pour le don merveilleux de notre grand pays. Remercions-le pour nous avoir
conduits avec bonté et sagesse à travers divers événements de notre histoire
nationale. Il nous a aidés à sauvegarder l’unité de ce pays au-delà de
toute tentative de balkanisation.
Mais en cette année du
jubilé, il nous faut sortir de toutes ténèbres du mal personnel et social
auquel nous nous sommes trop habitués et dans lequel nous nous sommes
mollement installés! C’est un combat continuel contre toute sorte
d’injustices et d’oppressions, spécialement la corruption. Que
personne de par notre faute, ne soit dans la misère et la tristesse :
qu’as-tu fait de ton frère ?
Dans notre
diocèse, nous célébrons en 2010 l’année du centenaire de la
fondation de la paroisse Sainte Croix de Bokoro. Cet heureux
anniversaire est aussi un événement « lumineux » pour nous tous et nous
toutes. Que le Seigneur en soit béni. Que la puissance de sa Parole d’Amour
qui a animé les premiers missionnaires nous transforme en véritables
« témoins » d’amour vrai pour nos frères et sœurs humains ; seul l’amour en
effet sauve et nous fait passer de la nuit au jour, de la mort à la vie (1
Jn 3, 14).
L’Afrique
a célébré cette année à Rome son second Synode sur le thème de
justice, paix et réconciliation. C’est aussi un événement « lumineux ». La
lumière qui apporte la justice, la paix et la réconciliation est pour nous
Quelqu’un et Quelqu’un de vivant, Jésus-Christ, la Paix de Dieu pour
l’univers.
Pour terminer, frères et
sœurs, je vous raconte un récit parabolique.
Un jour, un rabbi (maître
juif) pose cette question à ses disciples :
§
« Quand
pouvons-nous dire que la nuit touche à sa fin et qu’un jour nouveau se lève
à l’horizon ? »
§
C’est,
selon moi, répond un disciple, lorsqu’on peut distinguer au loin un palmier
d’un dattier (une espèce de palmier dont les fruits –dattes- sont groupés en
longues grappes).
Le rabbi reste
insatisfait de la réponse.
§
C’est,
répond un autre, lorsqu’on peut distinguer au loin une chèvre d’un mouton.
Même insatisfaction de la
part du rabbi… long silence des disciples.
Alors le rabbi conclut lui-même :
« Nous pouvons dire que la nuit s’en va et se lève l’aube d’un jour nouveau,
quand tu commences à voir sur le visage d’un homme ou d’une femme,
le visage de ton frère ou de ta sœur. Sinon, il fait
encore nuit chez toi.
Qui a des oreilles pour
entendre entende.
Joyeux Noel et nouvelle
année féconde de 2010 à vous tous et vous toutes.
Soyez bénis au nom de
notre Dieu, l’Emmanuel.
Fraternellement,
+ Philippe NKIERE KENA
Evêque d’INONGO.