Conférence Episcopale Nationale  du Congo

POINT DE LA SITUATION DE LA POPULATION DANS LE TERRITOIRE DE DUNGU 

Cas des incursions de la LRA

0. introduction

            Nous disons que c’est depuis 2005 que le Territoire de Dungu a connu sur son sol l’installation des éléments de la LRA(Lord’s Resistance Army) ougandais et cela tout au long des villages longeant la frontière de la R.D Congo avec l’Ougando et le Soudan.

            Dès le départ, selon le constat de la population, ils sont entrés de manière inoffensive, profitant de la situation pour faire une bonne prospection du terrain et du territoire du Sud-Est et vers le Nord aussi. C’est après cela qu’ils parviendront à venir installer leur base à Nabanga, localité située dans le Poste Administratif de Yakuluku.

En un premier temps, leurs premières bases furent installées dans les localités de NABANGA et à MITI en 2007. Ensuite, ils ont étendu leurs actions d’installation dans les localités de Limolo et Li-Mbwele, zone situées le long de la frontière soudano-congolaise.  Depuis tout ce temps, des tournées et circulations de leur part se sont multipliées dans cet espace et cela en allant vers la collectivité Malingindo et Ndololomo toujours dans le territoire de Dungu. En un premier temps, ils ont justifié leur présence pour une raison d’être : à savoir celle de la recherche d’un terrain d’asile. Mais brusquement, les choses se sont vite tournées à l’envers. Si bien que des raids simultanés ont été menés par la LRA et cela à partir du 17, 18 et 19 septembre 2008. En ces dates précises, leurs raids se sont étalés sur les villages situés le long de la route axe Dungu-Duru-Bitima à partir de leurs bases citées ci-haut et dès lors le territoire de Dungu n’a cessé de vivre le théâtre d’un important mouvement des populations.

            A titre illustratif : selon les dates que nous venons de mentionner, différentes attaques ont été concentrées sur les villages se trouvant tout au long de l’axe routier reliant la cité de Dungu à la localité de Duru et même de Bitima proche de la ville soudanaise de Yambio.

La conséquence a été très visible et notoire. Nous avons enregistré l’orientation de la population vers les directions suivantes :

·                              Soudan (Yambio ainsi que les localités voisines) surtout pour les populations en provenance de Duru et de Bitima,

·                              Cité de Dungu et son hinterland sud (provenance de Kiliwa et Li-May,

·                              La brousse entre la route Dungu-Bitima et le parc de la Garamba ou se trouvait une des bases de la LRA. Et à ce qui semble selon les dires de FARDC venus prêter main forte à la MONUC, certains parmi la population avait quitté la brousse et sont venus se réinstaller à LI-MAY ; localité se trouvant à 25 Km de Dungu où ils étaient hébergés dans l’Eglise de la CECA 20 après avoir passé quelques jours à KILIWA à 45 Km de Dungu.

A partir du 20 septembre 2008, les attaques se ont visé des localités se trouvant à l’Ouest non loin des cités de Ngilima et de Bangadi. Les informations concernant les personnes parties vers le Soudan ainsi que celles qui se cachent dans la brousse, nous n’en disposions pas jusqu’au moment où les opérations d’attaque systématique se sont déclenchées dans la journée du dimanche 21 décembre 2008.

 

I. CHRONOLOGIE DE LA DERNIERE SITUATION

a) Le 17 septembre 2008 : La LRA a attaqué les localités de Kiliwa, Nambia, Duru, Bitima, Bayote et de Tongo-Tongo dans le groupement YAKULUKU.

b) Le 18 septembre 2008 : La LRA a de nouveau attaqué Tongo-Tongo

c) Le 22 septembre 2008 : C’est le tour des villages de Gungu et Nambilo (12 Kms au Sud et Sud-Ouest de Ngilima), dans le groupement de NGILIMA.

d) Le 25 septembre 2008 : les habitants de Dungu ont manifesté et pillé le Bureau des observateurs militaires de la Monuc et Ocha qui selon eux étaient restés inoffensifs devant les menaces perpétrées par la LRA.

BILAN :          - Pillage systématique des bureaux des observateurs onusiens et de la

  OCHA,

- Un véhicule de la Monuc brûlé

e) Le18 et 19 octobre 2008 : Il y a eu une attaque d’une troupe de la LRA dans le groupement Nakpudu à Bangadi. Grâce à l’équipe dite de l’autodéfense, celle-ci a pu réussir à repousser les assaillants grâce à leurs équipements locaux.

BILAN :          - 37 morts enregistrés du côté des LRA

-         2 morts du côté des civils

-         1 blessé grave du côté des civils.

f) Le 21 octobre 2008 : La LRA a attaqué la localité de Kitila (5 Km au Nord de

 Ngilima.

            g) Le 30 octobre 2008 : La LRA a attaqué le village de Limai à 25 Km de Dungu.

            h) le 31 octobre 2008 : La LRA a attaqué les villages de NAGONYO, Kakalika et Nakofo (14 et 20 Km au nord de la ville de Dungu)

i) 1er novembre 2008 : Nous avions assisté à une attaque par les éléments de la LRA,

qui ayant contourné toutes les positions des FARDC et de la MONUC situées à 7 Km de Dungu sur l’axe Duru, ont pris d’assaut la cité de Dungu-Centre. Après des représailles de la part des FARDC, ceux-là se sont retirés du Centre qui était déjà tombé entre leurs mains et ainsi le bilan suivant a été établi :

                                   - 3 morts du côté des FARDC,

                                   - 5 morts du côté des LRA,

                                   - Une vingtaine des personnes (enfants, jeunes et adultes kidnappés).

Et mentionnons que suite à cette attaque les 1er et 2 novembre  2008, la population hôte et les déplacées ont fui vers la ville de Dungu vers les villages du Sud et plus de 6.000 autre déplacés ont franchi la frontière vers Yambio au Soudan, et ses alentours.

            j) 2 novembre 2008 : Simultanément, la même opération a été observée à Nangwakaza (localité située à 12 Km de Dungu) et à Masabe aux environs du Parc National de Garamba. Nous ignorons le bilan des victimes connues dans ces localités.

k) 9 novembre 2008 : Ce sont les LRA, en guise de vengeance, qui s’attaquent contre les civils voyageurs trafiquants qui se dirigent vers le Yambio au Soudan.

            BILAN :          - 6 morts du côté des civils,

- Vélos découpés et autres biens pillés.

l) 14 - 16 décembre 2008 : Nous assistons à une attaque de la part des armées

coalisées (Congolo-Soudano-Ougandaise) contre toutes les bases des LRA placées le long de la frontière Congolo-Soudanaise. Le bilan ne nous ayant pas été communiqué, nous l’ignorons à notre niveau.

Cette attaque avait pour objectif de neutraliser la LRA. Ceci avait provoqué un sentiment de joie parmi la population.

            m) 21 décembre 2008 : Une autre attaque des LRA a été enregistrée dans le village de Makusa sur la population et dont le bilan s’est élevé à :

                                   - 2 morts

- 6 personnes enlevées,

                                   - Pillages et Incendies des maisons et cases.

            n) 24 décembre 2008 : Différents messages phoniques et téléphoniques nous signalent que le groupement de Doruma situé à 210 Km de Dungu est attaqué, principalement dans les localités de Mongoli (Batande) et dont la continuation s’est poursuivie le 25, 26 et 27 dans les localités de Manzagala, Nanvugo, Mabando, Navulu, Natulubu, Nangbalama, Nagengwa et Nakalikpa.

BILAN :

-         Toutes les maisons et cases incendiées,

-         Animaux domestiques et volailles massacrées,

-         Certaines familles complètement décimées,

-         ± 500 morts enregistrés du côté de la population sans compter d’autres corps en décomposition non encore retrouvés et se trouvant dans la brousse.

Simultanément, le même 25 décembre 2008 ; le jour de Noël donc, une attaque a été signalée du côté de Faradje où les rebelles de la LRA, dont on estime leur effectif à 160 personnes environ avait procédé au pillage systématique de la Paroisse, de l’Hôpital, des magasins et ont incendié et brûlé beaucoup de maisons. Le 26 décembre, au matin, on pouvait déjà compter une quarantaine de pertes en vies humaines, dont le Médecin Directeur de l’Hôpital et sa fillette qu’on a retrouvés calcinés dans la maison. Il s’en est suivi une centaine des jeunes ; surtout des filles qui ont été kidnappées et emportées par ces derniers éléments en débandade suite aux attaques des coalisés.

Il faut en même temps noter que ces rebelles ont semé une telle panique durant toute la nuit du 25 décembre et du 26 au matin, ils se sont divisés en deux groupes, un est allé vers Nagero en incendiant des maisons et un autre vers Aba. Rendus quelque part sur leur trajectoire, ils ont gagné comme d’habitude la brousse.

Le 03 janvier 2009 : l’incursion des éléments de la LRA est mentionnée à Nagero (75 Km de Dungu-ville), dans le Parc National de Garamba où ils ont tenté de briser le dépôt des minutions et d’armes mais ayant rencontré la résistance des militaires gardiens du Parc, ces rebelles ont été repoussés par ceux-ci ainsi que les FARDC venus voler au secours.

BILAN :          - 7 morts du côté des LRA,

                        - 4 morts du côté des civils,

                        - 1 tué parmi les gardes du parc

 

II. MOUVEMENTS DE LA POPULATION

 

 Constats

* Dungu, Duru, Ngilima, Bangadi et Doruma constituent des zones où le nombre des déplacés s’est accru surtout ces deux derniers mois. Ainsi, aussitôt arrivés dans les localités où ils se sentent en sécurité, ils repartent rapidement vers les localités, groupements et villes situés plus au sud ; à savoir Ndedu, Tora, Ligbombi, Niangara, Rungu, Banda, Amadi et Isiro. Si les déplacés en provenance des groupement cités plus haut sont plus démunis, c’est dire qu’ils ont réussi juste à emporter le strict nécessaire ou quelques effets (très peu d’ailleurs) vu la longue distance à parcourir, laquelle s’évalue entre 25, 45, 60, 110 et 210 Km et cela à pied.

* Depuis le vendredi 19 septembre 2008, un nombre important d’habitants de tous ces groupements auxquels nous ajoutons celui de Faradje dans le Territoire de Faradje est parti de chez lui abandonnant et laissant derrière lui tout ce dont il avait besoin pour sa survie pour un semestre ou une année. Les habitants de toutes ces contrées continuent à partir même jusqu’à nos jours, ceci pour mettre en sécurité leurs enfants surtout lorsqu’on sait que les LRA enlèvent des enfants. Même lorsque les parents sont dans la cité les enfants ne vont pas et ne fréquentent plus les écoles.

III. CONSEQUENCES HUMANITAIRES

 

1.      Sur le plan humanitaire

A) SANTE

            Nous disons qu’il y a :

-         Un danger imminent des maladies épidémiques qui guette les zones affectées dû aux  morts dont on n’a pas encore déniché leurs corps,

-         Une rupture de stocks dans les structures sanitaires se trouvant dans ces régions parce qu’il y a un manque des soins appropriés aux personnes blessées ainsi qu’aux personnes vulnérables (enfants, femmes, et vieillards).

B) ALIMENTAIRE

-         Les Centres ainsi que leurs localités et groupements avoisinants qui alimentaient autrefois les autres, sont dépourvus des produits alimentaires et l’accès difficile de la population à leurs champs va certainement entraîner un grand risque d’insécurité alimentaire,

-         L’accès difficile aux organismes humanitaires ; faute des infrastructures routières freinent le pré positionnements des stocks et exposent à présent la population à la FAMINE.

2. Sur le Plan sécuritaire

-         Il y a une vive psychose qui a gagné la population à cause des incursions intempestives d’éléments de LRA en débandade, en déroute et ahurie,

-         Des nuits à la belle étoile ; proie aux intempéries pour les personnes vulnérables,

-         Peur et désespoir pour un lendemain meilleur,

-         Mobilités continuelles dans les forêts ou dans les brousses,

-         Inerties totales des activités champêtres, éducatives (scolaires) et quotidiennes.

 

BREF : LA POPULATION EST ENDEUILLEE CONTINUELLEMENT ET VIT DANS UNE ERRANCE SANS PAREILLE.

 

IV. ANALYSE DE LA SITUATION

Examinant bien la situation depuis l’installation et l’implantation des éléments de la LRA sur le sol et le territoire congolais, ainsi que leurs passages dans les différents groupements et localités et qu’elle a traversé, nous pouvons facilement déduire les faits suivants :

-         La présence de la LRA pourrait se justifier par la recherche d’un terrain d’asile afin de constituer une base arrière afin d’attaquer l’Ouganda voisin. Mais une chose qu’ils ont très mal gérée, car il y a eu un virement de la situation lorsqu’elle a commencé à attaquer la population et à porter atteinte aux vie humaines en perpétuant beaucoup d’actes de vandalisme et de pillage contre les civils ainsi que leurs biens. D’où pour nous, la raison suffisante d’accuser Monsieur Joseph KONY et sa troupe de crime contre l’humanité.

-         La LRA depuis un certain nombre de temps, elle s’est livrée aux attaques meurtrières et sanguinaires grâce aux armes blanches et autres armes légères et lourdes dont on ignore la source. D’où, un autre chef d’accusation de crime de guerre.

-         Encore plus enfin, en voyant les exactions commises, les deux derniers mois vers la fin de l’année 2008, lesquelles furent marquées par un nombre élevé ainsi qu’un bilan lourd en perte en vies humaines dont certains corps ont été retrouvés, tandis que d’autres non et aussi le nombre très considérable des blessés graves, lors des passages de la LRA, Monsieur KONY ainsi que toute sa troupe sont accusés de crime de génocide.

Fait à Dungu, le 05 janvier 2009

Abbé André WALIA, Chancelier de l’Evêché