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HOMELIE DE SON
EMINENCE FREDERIC CARDINAL ETSOU NZABI BAMUNGWABI, ARCHEVEQUE DE KINSHASA ET
PRESIDENT DE LA CENCO, EN LA SOLENNITE DU CHRIST-ROI DE L’UNIVERS
( Paroisse Christ-Roi, le 24 novembre 2002 )
«
Il est digne, l’Agneau qui a été immolé, de recevoir puissance,
divinité, sagesse, force et honneur. A lui, gloire et puissance dans les siècles
des siècles des siècles » (Ap 5,12 ;1,6).
Excellence Monseigneur le Nonce Apostolique
Excellences
Messeigneurs les Archevêques et Evêques
Excellences
Messieurs et Mesdames les Ministres
Messeigneurs
Monsieur le
Bourgmestre
Chers Frères
Prêtres
Révérends
Frères
Révérendes
Sœurs
Chers
Bakambi
Chers Frères
et Sœurs dans le Christ
C’est par cette hymne de louange au Christ, Roi de l’univers, que
s’ouvre la célébration eucharistique de ce dernier dimanche de l’année
liturgique.
Nous célébrons aujourd’hui avec éclat et splendeur Jésus, le Christ, le
Roi de l’univers. C’est l’Agneau
immolé que le Père a élevé à sa droite, afin de régner sur toutes
choses, éternellement, car « son Règne n’aura pas de fin »
(Luc 1, ).
Dans son épître
aux Ephésiens, saint Paul chante cette souveraineté universelle du Christ :
« Dieu
a ressuscité Le Christ d’entre les morts et il l’a fait asseoir à sa
droite dans les cieux (…) Il lui a tout soumis et, le plaçant plus haut que
tout, il a fait de lui la tête de l’Eglise qui est son corps, et l’Eglise
est l’accomplissement total du Christ, Lui que Dieu comble totalement de sa
plénitude » (Eph. 1, 20-23).
Ainsi en
acclamant Jésus comme le Roi de l’univers, nous rendons hommage à sa
toute-puissance. Une toute-puissance qui n’écrase pas, mais qui nous
grandit, car « je ne suis pas venu juger le monde, dit Jésus,
je suis venu sauver le monde » (Jean 12, 47).
Christ est donc le Roi de l’univers en raison précisément de la
puissance de l’amour miséricordieux qu’il a mise en œuvre pour le salut
de l’humanité.
Excellence
Monseigneur le Nonce Apostolique
Excellences
Messeigneurs les Archevêques et Evêques
Excellences
Messieurs et Mesdames les Ministres
Messeigneurs
Monsieur le
Bourgmestre
Chers Frères
Prêtres
Révérends
Frères
Révérendes
Sœurs
Chers
Bakambi
Chers Frères
et Sœurs dans le Christ
En guise
d’exhortation, je désire vous proposer une méditation sur la valeur de la
royauté du Christ, en mettant en valeur les notes distinctives de son Règne,
qui « ne ressemble pas aux tristes exemples, arbitraires et
violents, qui jalonnent l’histoire de notre humanité ».
Il y a
d’abord les traits, nombreux et variés, du Roi-Jésus. Tous s’accordent
cependant à faire de Jésus un Roi bien particulier. Son trône est fait du
bois de la honte : la croix ; sa couronne est faite d’un buisson
d’épines. Jésus est un roi étrange. Et pourtant, Jésus est un vrai Roi,
tel qu’il n’y en a jamais eu et tel qu’il n’y en aura jamais.
Sa noblesse n’est pas d’apparat. Elle est plutôt du cœur.
Jésus-Christ est Roi à la manière de Dieu. Un Roi débordant de tendresse
et d’amour. Un Roi qui, comme un bon berger, prend soin de chacune de ses
brebis dont il connaît l’histoire personnelle, jusque dans les moindres détails.
C’est ce
que nous donne à contempler le prophète Ezéchiel dans la première lecture.
Ce roi-berger, si personnellement engagé et plein d’affection pour ses
brebis, dont parle le prophète, est déjà une figure lointaine du Christ qui
« est passé partout en faisant le bien » (Ac 10, 38).
C’est vraiment dans le Christ que s’accomplit l’insistance du prophète
Ezéchiel :
« j’irai
moi-même à la recherche de mes brebis, je veillerai sur elles, j’irai les
délivrer, c’est moi qui les ferai paître. La brebis perdue, je la
chercherai, celle qui est blessée, je la soignerai… ».
En Jésus,
nous avons un Roi, un Berger attentif à nos besoins. Il s’occupe de chacun
et de chacune de nous en particulier. Notre Roi s’investit de manière
personnelle, pour notre bonheur.
Service, volonté d’engagement personnel, proximité essentielle auxquels il
fait ajouter la chaleur de son accueil, sa sollicitude toujours renouvelée
ainsi que ses nombreuses marques de bienveillance. Voilà notre Roi.
Il faut
bien toutes ces qualités et vertus si nous voulons, à l’exemple du
Christ-Roi, témoigner notre amour à l’égard des faibles et des petits, à
l’égard des blessés de la vie et des membres souffrants de notre Communauté.
Chers Frères
et Sœurs dans le Christ
Sur ce
point précisément, l’évangile dont nous venons d’entendre la lecture
ajoute une note essentielle au portrait du Roi-Jésus. Comme tous les rois, le
Christ aime être servi. Mais, il aime être servi dans les
pauvres et les petits auxquels il s’identifie : « ce
que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à
moi que vous l’avez fait ». Etrange Roi qui se fait l’égal des
laissés-pour-compte, l’associé
des affamés et le compagnon des méprisés de la terre.
Oui, Chers
Frères et Sœurs dans le Christ,
Chaque fois
que tu partages tes richesses avec les autres,
Chaque fois
que tu te mets au service de ton prochain, au service des hommes, des femmes
et des enfants que la guerre a dépouillés, arrachés à leur terre et mis à
genoux ;
Chaque fois
que tu assures auprès des malades et des mourants la présence consolante et
aimante du Christ,
Chaque fois
que tu combats pour la promotion et le respect des droits de la personne
humaine ;
Chaque fois
que tu t’engages pour l’avènement d’une société plus juste et plus
fraternelle,
Chaque fois
que tu fais le bien, sans calcul,
Chaque fois
que tu accueilles l’étranger et partages ton pain,
Chaque fois
que tu ouvres les portes de ta maison à l’étranger;
C’est au Christ lui-même que tu le fais. C’est Jésus-Roi que tu sers : « Amen,
je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui
sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,
40).
L’identification est bien nette. Le Christ-Roi de l’univers s’identifie
ainsi à son Eglise et à ses membres. C’est donc dans le service des
autres, particulièrement des plus pauvres, que nous pouvons servir le Roi-Jésus.
Si ce message nous déconcerte, souvenons-nous de la parole du Seigneur, qui
met fin aux illusions des uns et
des autres : « mon royaume n’est pas de ce monde »
(Jn19, 36). Et alors, en quel
sens Jésus est-il Roi ?
Le règne des puissants de ce monde est connu. C’est
Un règne éphémère et périssable
Un règne de mort et de mensonge
Un règne
de péché et de damnation
Un règne
d’injustice, de haine et de guerre
Le contraste est frappant avec la synthèse de la vie et de l’œuvre du
Christ que la belle préface de ce jour nous
suggère. Le Règne du Christ est un :
Règne
sans limites et sans fin
Règne
de vie et de vérité
Règne de grâce et de sainteté
Règne de justice, d’amour et de paix
Dans
une Afrique marquée par des déchirures sociales, politiques, culturelles et
religieuses, spécialement dans notre sous-région de l’Afrique Centrale,
les fruits abondants du Règne universel du Christ constituent l’objet
permanent de nos aspirations de tous les jours.
Nous voulons vivre, et vivre pleinement, dans la dignité reconnue à tout être
humain, apprenant du Christ lui-même ce que signifie la vérité, la justice,
la fraternité et la paix.
En ce sens, la célébration commune de cette eucharistie donne un nouveau
visage à nos différences. Elle est le signe visible de notre fraternité
dans le Christ et de notre unité plus forte que les barrières de la haine,
de la violence et de la division qui nous déchirent.
Aux côtés de nos frères, Messeigneurs les Archevêques et Evêques venus du
Rwanda, du Burundi et de tous les Diocèses de notre pays, la République Démocratique
du Congo, nous formons vraiment une seule famille, l’Eglise famille de Dieu.
Ce témoignage, nous voulons le vivre et le donner en exemple à nos différents
peuples et à nos Etats respectifs.
Alors que nous nous mettons sous le pouvoir d’un seul et même Chef, le
Christ, le Roi de l'univers, nous lui demandons de nous renouveler dans notre
engagement à promouvoir toujours et partout la vie, la vérité, l’amour,
la justice et la paix.
Oui, que vienne le Règne du Christ en nos coeurs, dans nos familles et nos
communautés ; dans le monde et en Afrique, et spécialement dans notre
sous-région de l’Afrique Centrale. C’est notre cri et notre prière.
Certes, l’ivraie est toujours mêlée au bon grain. Mais, quoi qu’il
arrive, nous avons la ferme certitude que le Christ est Victorieux du péché
et de la mort.
A la Très Sainte Vierge Marie qui, à l’aube des temps nouveaux, reçut de
la bouche de l’ange Gabriel, la révélation du règne éternel de son Fils,
Notre Seigneur Jésus-Christ, nous lui demandons d’intercéder en notre
faveur et de nous obtenir, comme à Cana, le miracle de la paix. AMEN.
+ Frédéric
Cardinal ETSOU NZABI BAMUNGWABI
Archevêque de Kinshasa
Président
de la CENCO